Claude Durand (03/07/09)
Ce que j’apprécie chez l’éditeur Claude Durand, c’est qu’il parle sans langue de bois. Depuis plusieurs jours, le site du magazine Le Point met en ligne un entretien avec lui. Voici ci-dessous un morceau choisi qui traite des arrangements entre éditeurs pour l’obtention des prix littéraires.
lepoint.fr : Et l'obtention du prix Goncourt de Weyergans, face auquel vous espériez que Houellebecq l'emporte, c'était également une question d'accointances ?
Claude Durand : Dans ce cas, je sais parfaitement comment les choses se sont passées, mais je ne souhaite pas épiloguer. De tout temps, dans le système des prix littéraires, la pratique courante, c'est le troc des voix. Il n'est que de lire le journal de Brenner. Chaque éditeur "primable" a parmi ses auteurs un certain nombre de jurés des différents prix. Si, par exemple, j'ai deux membres du Goncourt, qui sont mes amis, ou bien sous influence, et que j'ai trois membres au Renaudot, deux au Médicis et un au Femina, je peux m'arranger avec le Seuil, Gallimard ou telle autre maison, également bien pourvue, et lui proposer d'échanger sa voix au Renaudot contre deux miennes au Médicis. On dirait une sorte de club échangiste ! Il y a des tractations directes ou indirectes entre ce que l'on appelle "Galligrasseuil", les éditions Gallimard, Grasset et Le Seuil, auxquelles il faut ajouter Albin Michel, et, désormais, Actes Sud et Stock. Entre aussi en ligne de compte le profit tiré de la distribution d'un prix littéraire : un petit éditeur distribué par un gros peut se voir récompensé pour cette raison-là.
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