A propos des petits éditeurs (23/09/09)
Wrath a récemment posté deux billets qui concernent la petite édition : à quoi servent les petits éditeurs ? Interview de Yann Sollier, des éditions Presque Lune et la dure vie de petit éditeur.
J’ai sélectionné trois extraits de ces billets afin d’apporter des éclaircissements :
« Pour moi, les petits éditeurs se classent en deux catégories: 1) les véreux de Saint-Germain, dont les valeurs sont aussi puantes que celles de leurs confrères chez Grasset ou Fayard. Des exemples? Eho, bien sûr, Léo Scheer, etc... 2) les "voués à l'échec", terrés dans leur coin de province, sans réseau de distribution, sans aucune chance de faire parler d'eux. »
La classification de Wrath est pessimiste, seulement deux catégories. Et ceux qui ne sont pas véreux, où les classe-t-on ? Les éditeurs provinciaux pas forcément voués à l’échec, où les classe-t-on ?
Car à Saint-Germain et plus globalement en région Ile-de-France, il y a des éditeurs, quelle que soit leur taille, qui travaillent honnêtement. Qu’il y ait des véreux, oui, mais comme dans toutes les corporations.
Du côté de la province, des petites maisons d’édition vivent de leur travail, créent des emplois, avec ou sans distributeur. Du côté des Bouches du Rhône, Jigal se débrouille bien, tout comme Féret en Aquitaine ou Bargain en Bretagne. Ce n’est pas parce que les grands médias nationaux ne parlent pas de maisons d’édition qu’elles n’obtiennent pas de retombées, qu’elles soient médiatiques ou économiques. Les trois maisons que je donne en exemple sont bien ancrées au niveau régional, ont un catalogue identifié. Du côté de Gibles, D’un Noir Si Bleu fait aussi son chemin, à force de travail. Et il y en a plein d’autres. Etre en province n’est pas forcément un handicap : avec les médias locaux, les salons du livre, les libraires du coin, les petits éditeurs tissent leur toile dans leur canton, dans leur département, etc.
« L’essentiel, c’est qu’à l’heure des blogs et de la publication à la demande, les petites maisons sans distributeur n’ont plus leur place. »
Ne pas avoir de distributeur peut être un problème pour des éditeurs ; pour d’autres, ce sera le fait de ne pas avoir de diffuseur. Même si un éditeur a un diffuseur et/ou un distributeur, le succès n’est pas garanti pour autant. Les éditions Scali avaient un distributeur/distributeur et ont été mises en liquidation judiciaire.
« J’en viens à penser qu’ouvrir une petite maison d’édition est d’abord un acte narcissique : un moyen de jouer au petit patron, sans réel ambition de faire parler de soi et de vendre des livres… »
Les petites maisons d’édition ont tout intérêt à faire parler d’elles et de vendre des livres au contraire. Les maisons d’édition à compte d’éditeur investissent leur argent (ou celui du banquier), leur temps et défendent donc leurs publications afin que les ventes couvrent les dépenses engagées et dégagent des bénéfices qui serviront à publier d’autres livres. Le plus souvent ce seront des livres d'auteurs inconnus, des "wannabes".
La plupart des petites maisons n’ayant aucun employé, mais juste l’entrepreneur, il n’est pas simple de jouer au petit patron. Sauf quand ce dernier s’inflige à lui-même des heures supplémentaires non rémunérées.
Quand un éditeur ou un auteur crée sa boîte, c’est pour donner vie à ses livres ou à ceux des autres, pas pour jouer au petit chef. Las des refus de maisons d’édition, des auteurs créent leur structure parce qu’ils ont confiance en leurs textes. Est-ce du narcissisme ? Pour certains, oui sans doute, mais il ne faut pas généraliser. Et puis il y a parfois de belles histoires, comme celle de Jean Failler. Il a monté sa maison d’édition pour publier sa série Mary Lester et aujourd’hui, il vend près de 100 000 livres par an. Pas mal pour un éditeur terré dans son coin de province.