Prise de tête avec une auteur / Réaction au billet Ils en ont marre du compte d'éditeur (26/01/10)
Deux nouveaux coups de téléphone d’auteurs venus aux nouvelles : combien de livres vendus ? combien de droits d’auteur ?
Je me suis pris la tête avec une auteur qui n’a pas assimilé les us et coutumes de la profession. Elle m’a balancé que je m’en mettais plein les poches et qu’elle ne touchait rien. Là, ça ne l’a pas fait et je lui ai indiqué la vérité des chiffres. Sur son livre vendu 12 € TTC, elle touche 10% du prix HT, soit 1,14 € par ouvrage. Moi, une fois déduit le libraire, l’impression, la TVA, les frais postaux et mes charges, il me reste moins que ses 1,14 €. Elle gagne donc plus que moi. Et pourtant elle se plaint. Son ouvrage ne se vendant pas, je n’ai pas récupéré l’argent investi et je ne le récupérerai jamais ; ça, elle l’oublie.
Quant aux 10% de droits d’auteur, le chiffre était inscrit noir sur blanc sur le contrat. Elle a signé en connaissance de cause, sans que je lui mette un pistolet sur la tempe.
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La prise de tête ci-dessus m’amène au commentaire de Binour posté sur le blog à propos du billet Ils en ont marre du compte d’éditeur. Binour pose une excellente question : « Mais si le livre ne se vend pas, ne faudrait-il pas regarder du côté de l'éditeur ? » En clair, est-ce qu’il s’est bougé le cul !
Dans un premier temps, même si le contrat est à compte d’éditeur, il faut bien examiner qui finance l’ouvrage : est-ce l’éditeur à 100%… ou pas ? Des éditeurs financent en effet tout ou partie des ouvrages par le biais d’aides publiques ou de subventions. Ceux-ci n’ont donc pas la même pression que les éditeurs qui investissent leur argent à 100%, ce qui est mon cas.
Quand je signe un chèque de 2000 euros à l’imprimeur, ce n’est pas pour les dépenser en pure perte. A notre niveau de nano-édition, on fait tout ce qu’on peut, avec nos petits moyens, pour que les livres se vendent. Chaque vente, c’est une partie des 2000 euros qui est remboursée. Et c’est uniquement quand les 2000 euros sont payés que la maison d’édition commence à gagner de l’argent, alors que l’auteur, lui, en gagne dès le premier livre. Je souligne, car c’est important : même s’il trouve que ses ventes sont faibles et qu’il ne touche pas assez, il faut bien comprendre que nous, nous ne gagnons rien et nous perdons de l’argent tant que la facture de l’imprimeur n’est pas réglée.
On peut faire tout ce qu’on veut, avoir des articles, des livres placés dans les points de vente, etc. Si les gens n’achètent pas, on n’y peut rien. J’ai eu des points de vente qui avaient les livres pendant 6 mois-1 an, sans qu’un client achète un seul exemplaire. On peut reprocher beaucoup de choses aux éditeurs, mais pas le fait que les gens n’achètent pas.
Dans les maisons d’édition plus importantes, je comprends que des auteurs se sentent un peu marginalisés, voire abandonnés, quand ils voient que la structure sort plusieurs ouvrages en même temps. Un peu comme le pêcheur qui lance 5 lignes et qui va s’occuper en priorité de la canne à pêche où ça mort, des moyens et grands éditeurs agissent de même. Le soutien sera pour l’ouvrage qui se vend, qui fait débat, qui obtient des articles, au détriment des autres.
A notre niveau, nano-édition et petite édition, nous ne disposons pas d’autant de cartouches. On ne les tire pas en rafales, mais une par une, livre par livre. Un ouvrage qui ne se vend pas, c’est l’avenir de la maison d’édition qui s’assombrit ; un livre qui se vend, c’est de la trésorerie pour en éditer d’autres. Par conséquent, on fait tout pour que le ciel soit bleu plutôt que gris dans nos petites entreprises.