Le système du dépôt et Calibre vus par les libraires (10/04/10)
Il est toujours intéressant de connaître les attentes et la façon de travailler des libraires. Dans Regards sur l’édition, tome 1, (voir bibliographie), Bertrand Legendre et Corinne Abensour ont mis en annexe de leur livre une série d’entretiens (éditeurs, libraires, directrice de bibliothèques).
Les libraires interrogés sont Matthieu de Montchalin (L’Armitière à Rouen) et Christian Thorel (Ombres Blanches à Toulouse). Le moins qu’on puisse dire, c’est que le dépôt les embête.
Extraits
« Quant au dépôt, c’est une fausse bonne idée. A gérer, c’est pire que tout, et cela déresponsabilise le librairie : « Comme je ne le paie pas, je peux le prendre ; comme je ne le paie pas, je peux le mettre dans un coin, sur une étagère du haut, voire en réserve. » On en a encore quelques-uns, des locaux, du compte d’auteur ou des associations. Mais je pars du principe que si la librairie pense pouvoir vendre, il faut qu’elle achète. » M. de Montchalin
« Et nous acceptons le dépôt, mais c’est une catastrophe. En fait, c’est ingérable… ça nous laisse toujours perplexes, le dépôt… » C. Thorel
Je les rejoins sur un point : le système du dépôt est très lourd à gérer. Mais c’est vrai pour les petits éditeurs également, qui doivent tenir chaque fiche de point de vente à jour. Et ce n’est pas simple quand le libraire dit qu’il a déjà payé ou qu’il a reçu moins de livres en dépôt.
Les petits éditeurs aimeraient bien un autre système. Sauf que ces derniers n’ont souvent que cette solution, puisque des points de vente rechignent à acheter. Quand il prospecte, le petit éditeur a en gros deux solutions : soit accepter le dépôt que propose le libraire, soit prendre la porte.
Sur Calibre, les deux professionnels du livre tombent d’accord (note : entretiens réalisés en 2006).
Extraits
« Il faut mettre en place Calibre. Les avantages pour l’éditeur : un seul endroit pour livrer les commandes qu’il reçoit, donc une économie de temps et d’argent. Un paiement en fin de mois avec une échéance respectée par tous. (…) Il n’y aura plus de frein à la commande parce que ce sera aussi simple de commander par Calibre que par la Sodis. » M. de Montchalin
« L’avancée intéressante, c’est le système de mutualisation Calibre qui va recueillir les commandes des libraires, les agréger, les transmettre à Prisme. Cela entraînera une baisse des coûts d’acheminement et cela nous permettra d’avoir un règlement cumulé. On aura ainsi un réseau de distribution pour les petits, ce qui constituera une amélioration notable. » C. Thorel
Là encore, ce que souhaitent ces deux libraires, c’est avoir des petits éditeurs professionnels. « Ce qui me fait perdre ou gagner de l’argent avec les petits éditeurs, ce n’est pas la remise, c’est l’ensemble des frais annexes : le prix du fax s’il faut commander par fax, le téléphone s’il faut vérifier que le fax est bien arrivé, le chèque pour la proforma, l’envoi du chèque, les frais de port, sans parler du temps passé et des délais. » M. de Montchalin
Le libraire peut réaliser ces économies quand le petit éditeur se regroupe à plusieurs ou rejoint une structure de diffusion/distribution. Le point de vente a un seul interlocuteur, une seule facture à régler. Là encore, les intérêts du petit éditeur et du libraire ne se rejoignent pas forcément. En effet, si les coûts baissent pour le libraire, ils augmentent pour l’éditeur. Eh oui, il faut bien payer le diffuseur et/ou le distributeur.