Les frais de fonctionnement de l'illustrateur (08/06/10)
Lionel Larchevêque est illustrateur. Nous nous sommes croisés virtuellement sur le site de la Luciole Masquée. C’est ça qui est bien avec internet, c’est qu’on peut échanger avec d’autres acteurs de la chaîne du livre. Dans certains de mes billets, je parle de la part touchée par chaque intervenant (éditeur, auteur, libraire…). Par « auteur », il s’agit des auteurs de texte de littérature générale puisque je ne travaille qu’avec cette catégorie de personnes. Quand j’aborde les droits d’auteurs, les recettes et les frais de fonctionnement, je me rapporte donc à cette définition. Mais il y a d’autres auteurs : les illustrateurs, les auteurs de BD. Ces professionnels de l’image sont des auteurs à part entière sauf qu’à la différence des auteurs de texte brut, ils ont des frais de fonctionnement bien plus élevés qu’un écrivain lambda qui tape son texte sur son ordinateur personnel.
L’illustrateur/dessinateur a besoin de plusieurs milliers d’euros de matériel pour travailler. C’est un investissement très lourd et pas toujours évident à rentabiliser, puisque s’il travaille avec un auteur sur un livre, l’éditeur va généralement couper la poire des droits d’auteur en deux parts égales. Lionel Larchevêque m’a envoyé la réponse à un post. Je le remercie de nous éclairer sur l’aspect matériel de son travail. J’espère qu’après avoir lu son texte, vous comprendrez pourquoi le piratage des BD et des albums illustrés pour la jeunesse sur internet est préjudiciable aux créateurs : en n’achetant pas les albums, auteur et dessinateur ne touchent rien, sans compter l’éditeur et le libraire.
Lionel aborde aussi le point de l’avance (ou de l’à-valoir) en introduction. A méditer.
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Je pense qu'on devine facilement l'importance qu'il y a pour un illustrateur à toucher une avance sur droits correcte pour illustrer un album (il faut au minimum 2 mois pour illustrer un album de 24 pages, en moyenne... 2000 euros d'avance représentent alors à peine de quoi vivre pour cette durée).
Voilà le post (je réponds à une auteure qui affirme que l'illustrateur et l'auteur doivent toucher à part égale des droits d'auteur) :
Bon alors je réponds très précisément sur "les % des DA doivent être égaux, l'illustrateur n'ayant qu'à acheter 3 tubes de peinture par an déductibles des impôts..."
Alors d'abord, non, pas de déduction, sauf à gagner beaucoup de sous et passer en frais réels (ce qui n'est le cas, je parie, de PERSONNE ici).
Ensuite, ça tombe bien, suite à une autre discussion, j'ai entrepris de quantifier l'investissement matériel et financier du travail d'illustration et de comparer avec le travail d'écriture (JE NE PARLE PAS DU processus créatif ni de la VALEUR créative mais uniquement de cette basse réalité matérielle : le temps, le matériel, la rentabilité, etc).
Donc, pour devenir illustrateur, de quoi a-t-on besoin ?
- dans la majeure partie des cas, une formation qui dure entre 3 et 5 ans, assez souvent en école privée : 20 000 euros pour 4 ans à Emile Cohl, que certains illustrateurs payent par un emprunt qu'il faut rembourser.
- du matériel... en travail traditionnel (peintures, encres, papiers, pinceaux, etc.), disons environ 500 euros par an ; en matériel informatique (et quel illustrateur peut aujourd'hui faire l'économie de ce matériel-là ?) : un ordinateur, un écran digne de ce nom, un logiciel (je rappelle que photoshop coûte 1400 euros), un scanner, une tablette graphique, imprimante, sonde colorimétrique... je pense qu'on arrive vite à plus de 4500 euros.
- un loyer pour un atelier (ou un appartement assez grand pour ça, ce qui augmente le loyer habitation) dans le meilleur des cas : 150 euros par mois en comptant électricité téléphone et internet...
Allez on mélange tout ça et voyons l'investissement de départ pour une première année : 20 000 + 500 + 4500 + 1800 = 27 500 euros.
Bon allez, il y a des autodidactes : 7500 euros pour une première année.
Qui a gagné ici en tant qu'illustrateur une telle somme sur une année ? Sur 2 ans ? 3 ans ?
Maintenant mettons dans la balance l'investissement matériel pour un auteur : un ordi, une imprimante : environ 1000 euros.
Je laisse de côté, pour tout le monde, les frais occasionnés par le besoin de documentation, frais d'impression, frais de port... disons qu'ils sont équivalents dans les 2 cas.
7500 euros de frais de départ contre 1000 euros.............
Et ensuite, cette réalité qui est que oui, quoi qu'on fasse, quoi qu'on dise, l'illustration prend plus de temps que l'écriture... beaucoup plus de temps (j'insiste parce que j'écris aussi un peu : j'ai écrit ou co-écrit 2 scénarios, 3 textes d'album dont un publié, l'autre en projet, l'autre qui va l'être)...
Voilà, ça c'est la dure réalité... ceci dit, je retourne à mes fastidieuses mises en couleur sous photoshop avec ma tablette graphique sur mon bel écran bien paramétré...
Et encore une fois, je ne dis rien de tout ça pour dénigrer, et certainement pas pour opposer les uns aux autres. J'argumente mon point de vue qui est qu'il est justifié qu'à la signature du contrat les pourcentages soient différents. Par exemple, pour la réalisation d'un album de BD, cela peut prendre plus d'un an (en ne faisant que ça !!!) pour le dessinateur.
Pour ma part, je vais demander pour mon prochain contrat (enfin j'espère) des droits progressifs jusque disons 3000 ex, et ensuite seulement 50 - 50...