Livre numérique (ebook) (mise à jour du livre Créer une maison d'édition) (24/09/10)
Lors de la sortie du livre, un lecteur m’avait envoyé un mail, demandant pourquoi je ne parlais pas des ebooks. A l’époque, c’était marginal et je n’avais pas assez d’éléments pour y consacrer un chapitre. Depuis un an, les choses bougent un peu, mais de nombreuses questions ne sont pas encore tranchées. Je pense en particulier à la TVA et au prix unique du livre numérique qui font actuellement l’objet de discussions au Sénat et à l’Assemblée nationale. Ce chapitre contient les informations qui sont en vigueur au 24 septembre 2010.
La TVA
Elle est de 19,6%. Dans les prochains mois, sous l’impulsion d’Hervé Gaymard, elle pourrait passer à 5,5%, comme pour le livre papier.
Le prix du livre numérique
Il est pour l’instant libre, c’est-à-dire qu’un éditeur peut vendre un même ebook à un prix différent, selon les sites de ventes. Là aussi, les prochains mois nous diront si cette pratique va rester libre ou si le prix unique du livre sera également étendu à l’édition numérique. Dans les faits, il existe un consensus de la part de la chaîne du livre sur ce point, les éditeurs étant favorables à un prix unique, afin de ne pas créer une guerre des prix dont les perdants seraient les petits points de vente.
ISBN
Afin de faciliter les flux et les commandes, chaque support numérique doit posséder un ISBN qui lui est propre. Il faut ainsi un numéro ISBN par format numérique. Si un éditeur décide de sortir un ouvrage sous trois versions (papier, PDF et ePub par exemple), il a besoin de trois ISBN. Lors de la création de sa maison d’édition, il est important que l’éditeur anticipe et demande suffisamment de numéros ISBN à l’AFNIL.
Protéger ou non les livres numériques ?
De nombreux éditeurs protègent leurs livres numériques avec les DRM Adobe, afin de limiter le piratage. Sauf que les pirates ont souvent une longueur d’avance et que ces contraintes peuvent décourager les acheteurs potentiels. Les lecteurs veulent pouvoir télécharger les livres facilement et les lire sur plusieurs supports, sans avoir besoin de consulter des pages de documentation ou installer de logiciel comme Adobe Digital Editions.
Les tablettes
Elles s’appellent Sony Reader, Kindle, iPad… Depuis que la marque Apple a sorti son dernier produit, l’offre de livres numériques ne cesse d’augmenter. La concurrence entre les différents fabricants devrait entraîner une baisse des prix et rendre ces tablettes accessibles au plus grand nombre.
La crainte des éditeurs français est que le poids d’Amazon (Kindle) et d’Apple (iPad) ne donne lieu à des relations commerciales déséquilibrées. Les éditeurs souhaitent garder le choix du prix de leurs livres numériques, et ne pas se le faire imposer par Amazon ou Apple. Si l’offre crée la demande, les deux géants américains ne doivent pas oublier que leurs tablettes ont besoin de contenus à forte valeur ajoutée, et que les livres, même numériques, ne sont pas des produits d’appel bradés.
Quel prix pour les livres numériques ?
Il est difficile de donner une réponse à cette question, tant que les débats politiques sur la TVA et le prix unique du livre numérique ne seront pas terminés. Si le prix unique ne pose pas de problème particulier pour les éditeurs, la question de la TVA est en revanche plus complexe, car elle impacte directement le prix du livre numérique. Aujourd’hui, un livre vendu 6 euros HT est payé 7,18 euros par le client final avec une TVA de 19,6%. Le client ne paierait que 6,33 euros avec une TVA à 5,5%. En cas de changement de TVA, plusieurs cas de figure sont possibles :
- l’éditeur peut faire bénéficier tout ou partie de la baisse de TVA au client, donc baisser le prix de 7,18 à 6,33 euros par exemple.
- l’éditeur peut conserver le même prix de 7,18 euros et garder l’économie de TVA à son profit.
- l’éditeur peut conserver le même prix de 7,18 euros et partager l’économie de TVA avec l’auteur.
Etc.
Les maisons d’édition qui éditent à la fois en grand format, poche et numérique doivent avoir des prix équilibrés, de manière à ce que l’offre soit complémentaire et non concurrente. Le livre numérique doit avoir un prix inférieur à celui du grand format et un peu plus cher que le livre de poche. Tout est question de dosage.
Il existe également des maisons d’édition qui ne publient que des livres numériques. Etant débarrassées des contraintes du livre papier et des immobilisations financières que cela engendre (pas de frais d’impression, pas de frais de stockage, pas de retours), elles peuvent proposer des prix plus bas que la concurrence. Si elles sont leaders sur un marché de niche, rien ne les empêche non plus de vendre à des prix plus élevés puisque le lecteur intéressé n’a que cette offre.
Le contrat avec l’auteur
Il faut qu’il soit inscrit noir sur blanc que l’auteur vous cède les droits pour le livre numérique. Si vous avez d’anciens contrats où rien n’était indiqué de façon précise, vous pouvez proposer des avenants aux auteurs.
L’enjeu de ces négociations, c’est le partage des gains entre l’auteur et l’éditeur, chacun essayant d’en avoir la plus grande part. Les droits d’auteur étant fixés sur la base du prix HT du livre numérique, les auteurs craignent de voir leur revenu baisser, comme lorsque leur ouvrage sort en livre de poche. D’où la croisade d’auteurs qui estiment que les gains doivent être partagés à 50/50 avec les éditeurs, alors que ces derniers se basent sur le livre papier et les 8-10% de droits d’auteur. Là encore, le passage de la TVA à 5,5% peut permettre de résoudre ces problèmes de rémunération, l’éditeur pouvant partager une partie de cette TVA avec l’auteur, de manière à lui garantir un revenu par livre numérique proche de celui qu’il touche en grand format.
La cession des droits numériques risque de devenir un enjeu majeur dans les prochaines années si les ventes décollent. Des auteurs, seuls ou avec le soutien d’agents, sont (seront) tentés de vendre leurs livres numériques directement aux librairies en ligne, afin de gagner plus d’argent. Une pratique que l’on voit aux Etats-Unis et qui reste encore marginale en France.
Si un auteur décide de garder ses droits sur les livres numériques, il doit y réfléchir à deux fois avant de les commercialiser. L’auteur peut se dire qu’en utilisant le PDF fourni par son éditeur pour la relecture des épreuves, il lui suffit de l’envoyer à une plate-forme et d’encaisser les ventes. C’est une grave erreur, puisque l’éditeur peut poursuivre l’auteur pour contrefaçon, la mise en page et le fichier appartenant à la maison d’édition. L’auteur doit donc réaliser à ses frais une mise en page différente de la version papier.
Ajoutons que du point de vue fiscal, l’auteur qui vend lui-même ses livres numériques ne touche plus des droits d’auteur, mais des bénéfices, ce qui peut nécessiter tôt ou tard la création d’une structure (association, EURL, SARL, auto-entrepreneur…) puisqu’il lui faudra faire des factures à la plate-forme. Avec toutes les contraintes administratives et fiscales que cela implique.
Le livre numérique permet-il de se passer des éditeurs ?
Oui et non. L’auteur qui n’a pas d’éditeur et qui publie son texte sous format numérique choisit sa mise en page, sa couverture, son prix, ses distributeurs de livres numériques, etc. Il n’a de compte à rendre à personne et encaisse le produit des ventes (cf dernier paragraphe de la partie Le contrat avec l’auteur). Le seul bémol peut être que le texte n’a pas été validé par une tierce personne (éditeur ou comité de lecture). Mais il s’agit d’un petit bémol, puisque des livres choisis par des éditeurs et des comités de lecture sont publiés alors qu’ils sont mauvais et ne trouvent pas leur public.
Le coût du livre numérique
Internet n’est pas synonyme de gratuité. Même si le livre est virtuel et que l’éditeur économise les frais d’impression, d’envoi, d’assurance, de stockage, de retour, réaliser un ouvrage numérique nécessite des coûts qui varient selon la taille des maisons d’édition : numérisation des anciens livres, honoraires d’avocats pour rédiger ou actualiser les nouveaux contrats, réalisation des fichiers, achats de matériel (scanner, serveur…), frais de personnel, etc.
Exemple : un salarié d’une maison d’édition qui travaille maintenant sur les livres numériques ne touche pas un salaire inférieur à celui qu’il avait avant, quand il s’occupait des livres sur papier.
La place des librairies
L’intérêt des éditeurs est de développer les livres numériques en partenariat avec les librairies, et non pas à leur détriment. La base de données interprofessionnelle Dilicom a ainsi créé un hub afin de centraliser les catalogues des éditeurs, des distributeurs et les commandes des points de vente. Bien entendu, cela suppose que les librairies s’équipent en site internet et/ou en informatique pour que leurs clients puissent acheter les ouvrages numériques. Comme dans le circuit traditionnel, il existe des distributeurs de livres numériques (Numilog, Immatériel, Eden…) qui approvisionnent les points de vente ou leurs clients directement.