Augmenter la remise des libraires pour compenser la hausse de TVA (11/04/12)
D’après Livres Hebdo, « les éditeurs se révèlent moins nombreux que prévu à avoir relevé leurs prix pour amortir l’impact de la hausse de TVA sur les marges des libraires ». Guillaume Husson, le délégué général du SLF, a ainsi déclaré à la revue professionnelle : « Deux tiers des éditeurs n’ont pas bougé leurs prix. Tous les petits éditeurs sont passés à côté du sujet (...). » Cela rejoint le constat dressé par l’éditeur Philippe Galmiche, dans un commentaire sur le blog à propos du sujet Premiers pas avec la TVA du livre à 7%. Comme son commentaire aborde des questions très pertinentes, je le publie aussi ci-dessous :
« Pas sûr que ce soit une bonne idée de modifier votre remise librairie à l'avantage du libraire... Par contre je suis du même avis que vous en ce qui concerne les prix ttc : ne changeons pas les prix ! J'ai remarqué que seuls les petits éditeurs n'ont pas changé leurs prix ttc. Les gros éditeurs pensent-ils seulement à leurs lecteurs, leurs fidèles clients quoi ? Ce que je ne comprends pas, cher doc, c'est pourquoi donc vous augmentez la remise aux libraires alors qu'ils n'ont rien demandé ? Je pense même qu'un petit éditeur devrait accorder aux libraires de faibles remises et surtout ne jamais dépasser 30%. Les gros éditeurs accordent eux le plus souvent de petites remises aux libraires (je pense bien sûr à Hachette) et nous les petits éditeurs devrions sur la pression des libraires accorder de grosses remises ? Pourtant les frais d'impression pour les petits éditeurs sont beaucoup plus importants ! Et nombreux sont les petits éditeurs qui ne vivent qu'avec un salaire de misère (voire aucun salaire). C'est un peu le monde à l'envers... Si encore les libraires mettaient nos livres en avant ? Mais encore une fois sur la pression des gros diffuseurs nous sommes souvent relégués sous les tables ou sur les étagères. Place aux gros ! Bon, c'est vrai il y a des libraires indépendants sérieux (et précieux) qui défendent nos livres mais ils sont de moins en moins nombreux, et bien sûr si on devait accorder une sur-remise, c'est bien à eux qu'il faudrait l'accorder... »
Avec Philippe, nous sommes conscients que les libraires auraient préféré que la hausse de TVA soit sans effet sur leurs comptes. Mais je pense que Philippe a eu des remontées d’informations similaires aux miennes lors des salons et/ou dédicaces : les clients regardent les bouquins et tiquent quand ils voient le prix. Donc si un livre est jugé cher à 12-13 euros par les clients, ce n’est pas en augmentant son prix qu’il va mieux se vendre.
Pour la remise libraire, Philippe pointe du doigt un problème qui intéresse tous les petits éditeurs : alors que nous avons des frais d’impression plus élevés que les grosses maisons d’édition et que nous représentons un petit pourcentage du fonds des points de vente, on nous demande souvent des remises plus importantes que celles accordées par les leaders du marché.
Quand je reçois des fax de commande, il y a des remises qui sont parfois mises en bas : 30%, 33%, 35%, 37%, 38%, 40%. Donc un peu de tout. Mais comme le dit Philippe, pourquoi y a-t-il des libraires raisonnables qui demandent 30% pour un bouquin commandé par un client et d’autres qui veulent jusqu’à 10% de plus ? Pourquoi certains demandent-ils des taux de remises qui devraient correspondre à la remise de base + des points supplémentaires pour récompenser le point de vente sur le travail réalisé sur le fonds du catalogue de la maison, l’organisation de dédicaces, la mise en avant de titres, des objectifs de vente atteints... ?
Personnellement, j’ai calé ma remise de base sur celle accordée par feu Calibre. Et je donne des points supplémentaires aux librairies qui sont fidèles à la maison d’édition. La décision d’augmenter la remise de base date de fin mars et a justement pour but de rendre la hausse de TVA neutre pour mes librairies partenaires. Mais pour les autres ? J’avoue que le raisonnement de Philippe me plaît assez à propos des 30%. Il faudrait que les points de vente comprennent que nos coûts d’impression sont plus élevés et que ce n’est pas en prenant sur les petits ce que les gros ne leur donnent pas que leur situation va s’arranger à moyen et long terme.
Toujours dans Livres Hebdo, le président du SLF, Mathieu de Montchalin, stigmatise des maisons d’édition de taille moyenne qui ont conservé leurs prix TTC : « Une chose est sûre : on ne pourra pas laisser passer des comportements qui sont de véritables provocations à l’égard de la librairie ». C’est ce qu’a dû se dire mon principal client. Comme d’autres structures, il a envoyé des mails afin de connaître le choix de la maison d’édition à propos de la TVA, en indiquant bien qu’en gardant les prix TTC, c’était une partie de sa marge qui baissait. Au mois de février, j’ai répondu que je conservais mes prix TTC. Depuis, je n’ai plus reçu aucune commande de sa part. Il représentait un tiers du chiffre d’affaires mensuel. C’est aussi pour compenser cette perte que j’ai augmenté la remise, afin d’inciter des librairies à commander.