Prospection d'un diffuseur (12/03/12)
Si certain(e)s d'entre vous comptent profiter du salon du livre de Paris pour obtenir des informations auprès des diffuseurs et distributeurs qui y auront un stand, vérifiez bien les conditions qu'ils proposent. Ayant moi-même été à la recherche d'un diffuseur ces dernières semaines, je peux vous dire que la tâche est ardue. Là où ça capote, c'est au niveau de la séparation des activités. La plupart des diffuseurs sont aussi distributeurs. Et ils veulent vous vendre tout le package, pas uniquement signer un contrat de diffusion. Si vous vous engagez avec eux, il faut aussi leur confier la distribution. Et ça, je ne le souhaite pas, car c'est leur laisser la gestion de mon catalogue sur Dilicom. Comme j'ai eu du mal à en récupérer le contrôle l'année dernière après l'épisode Calibre, c'est une condition non négociable. Je préfère me passer de diffuseur plutôt que d'être coincé une nouvelle fois. Cette obstination des diffuseurs à vouloir me fourguer leur distribution m'a amené à me replonger dans la lecture d'un livre de Gilles Colleu sur ce sujet : Éditeurs indépendants : de l'âge de raison vers l'offensive ? Gilles Colleu parle de la diffusion et de la distribution de façon très juste. Ainsi, à propos de la logistique des distributeurs, il écrit : « On peut ainsi se demander si l'outil est au service des livres ou si on ne fabriquerait pas des livres pour alimenter la machine. » Pour rentabiliser les entrepôts, les machines et les salaires des employés, un distributeur a en effet besoin d'un flux régulier de livres. Donc s'il est aussi diffuseur, il souhaite gagner sur les deux tableaux et il insiste pour que les commandes gagnées sur le terrain soient traitées par son équipe logistique. Derrière, le calcul est vite fait : le diffuseur-distributeur gagne environ 20 % du prix du livre sur le flux aller. S'il y a des taux de retour élevés, là c'est le jackpot, car le professionnel touche encore de l'argent. Chez Calibre, je payais 9 % de pénalité en cas de retour. Si on prend ce chiffre pour le distributeur et qu'on ajoute mettons 6 % pour la part diffuseur, cela fait encore 15 % d'argent gagné. Là où le système est vicieux, c'est que l'ouvrage retourné en parfait état va rapporter à nouveau de l'argent s'il repart vers un nouveau point de vente : à nouveau 20 %. Si on fait le cumul, un seul livre peut rapporter au diffuseur-distributeur 20 % + 15 % + 20 %, soit 55 % du prix HT du livre. Avec une remise libraire de 35 %, l'éditeur ne récolte que les 10 % qui restent, avec lesquels il paie soit l'auteur, soit l'imprimeur. Bien que le livre ait été vendu, l'éditeur ne touche pas un rond et perd de l'argent sur cet exemplaire.
En conclusion, voici un autre extrait du livre de Gilles Colleu : « Ce qui est certain, c'est que si un livre a un public de quelques centaines d'exemplaires, il est suicidaire de le mettre en place à quelques milliers. Les frais de traitement des retours, les pénalités afférentes et les coûts de fabrication permettant une mise en place massive absorberont le peu de rentabilité dégagée par la vente de ces quelques centaines de volumes. »