Eric Belile, un auteur pour qui ça marche
Chef d’entreprise dans la région nantaise, Eric Belile a sorti au mois de novembre 2005 son premier ouvrage : Le petit Beur nantais.
Ayant essuyé les refus des éditeurs traditionnels, l’auteur s’est tourné vers l’auto-édition pour sortir son livre, via un éditeur pratiquant le compte participatif.
VRP de son ouvrage auprès des points de vente et des médias, Eric Belile a ainsi écoulé près de 2 000 exemplaires de son livre en quelques mois. S’il a un peu rusé pour être présent dans les points de vente, l’auteur a été récompensé de ses efforts par l’accueil des lecteurs
qui ont bien accueilli son petit Beur nantais.
La preuve qu’avec une bonne histoire, du travail et de la persévérance, un auteur auto-édité peut réussir.
Voilà un exemple à suivre pour ceux qui voudraient diffuser leurs oeuvres par eux-mêmes.
Depuis quel âge écrivez-vous ?
J’écris depuis l’âge de 35 ans.
Qu’avez-vous écrit avant Le petit beur nantais ?
Plusieurs séries de nouvelles.
Combien de temps s’est-il écoulé entre l’écriture et la signature avec l’éditeur ?
Une fois le livre terminé et corrigé : huit mois.
Aviez-vous envoyé votre texte à plusieurs maisons d’édition ?
Je l’ai envoyé aux grandes maisons : Actes sud, Gallimard, Hachette, Le dilettante, Plon, Flammarion, XO (chez qui j’ai failli être pris) et des petites maisons d’édition régionales Le petit pavé, Siloë, Les deux encres et Amalthée. Curieusement, j’ai eu des réponses auprès de toutes les grandes maisons avec des réponses bateaux du style : « Ne convient pas tout à fait à notre collection » avec un accusé de réception dès l’envoi. Les petites maisons régionales, hormis Les deux encres qui m’ont accepté, ne m’ont pas écrit, malgré mes relances. Ils se donnent un peu des grands airs non justifiés. Amalthée m’a envoyé un contrat deux jours après en me réclamant 3 000 euros pour couvrir leurs frais !
Vous avez mis près d’un an et demi pour écrire Le petit Beur nantais. Etait-ce une écriture régulière durant ces 18 mois ou entrecoupée de périodes d’inactivité où vous cherchiez des idées ?
Non, je me suis arrêté en plein au milieu pendant huit mois parce que je n’avais pas envie d’écrire. Je préférais faire de la peinture à mes temps perdus.
Pourquoi avoir choisi l’auto-édition ?
Il s’agit d’un compte d’éditeur participatif. C’est-à-dire que je m’engageais à acheter 310 livres dès le début. Facture : 5500 euros ! Se faire éditer nécessite beaucoup d’argent pour un jeune auteur. La sélection se fait par le fric, c’est dommage…
Combien de personnes ont lu et corrigé votre manuscrit avant l’envoi chez l’imprimeur ?
Quatre personnes.
De nombreux auteurs choisissant l’auto-édition (soit l’auto-édition intégrale, soit par le biais du compte d’auteur) se plaignent des difficultés pour rentrer dans le circuit du livre. Quels conseils pouvez-vous leur donner ?
C’est normal, ils ne sont pas référencés auprès de diffuseur et d’après ce que j’ai pu constater, les libraires les évitent, craignant des livres mal écrits bourrés de fautes et nuisant à leur image. Je leur conseille l’édition soumis à une souscription.
Qu’avez-vous ressenti en voyant votre livre fini pour la première fois ? Quand vous avez fait votre première interview et votre première séance de dédicaces ?
Dans un premier temps la surprise de le voir terminé avec la première de couv., puis ensuite beaucoup de fierté.
Les interviews radio étaient impressionnantes parce que c’était une radio parisienne et l’émission durait une heure. La seconde radio était locale et plus petite donc plus engageante. A la fin un certain soulagement, fierté et espoir d’être acheté ailleurs que dans ma région. Les premières dédicaces m’ont permis d’être près du public, de converser et la fierté d’avoir des livres tendus en donnant son prénom pour la dédicace.
Les journalistes « presse » semblaient très intéressés par le sujet mais développaient davantage sur moi que sur le bouquin.
Le meilleur vendeur d’un livre auprès du public et des points de vente n’est-il pas l’auteur lui-même ? Si vous avez démarché des points de vente, quel a été l’accueil du ou des vendeurs ? Est-ce plus facile dans une petite librairie ou dans une grosse structure comme la Fnac ou Leclerc ?
Indéniablement le meilleur vendeur est l’auteur lui-même, d’une part parce qu’il développe un enthousiasme important par rapport à un VRP qui n’a même pas lu le livre et est incapable de conseiller le point de vente, si tant est que le diffuseur se démène…
Oui, j’ai démarché personnellement toutes les librairies de Nantes et du département, puis un jour un Espace culturel Leclerc m’a téléphoné, ayant lu un des articles sur le bouquin pour me proposer de faire une dédicace seul… ça a très bien marché et du coup, j’ai prospecté tous les Leclerc. Tous me l’ont pris, me recommandant du premier, et dans des quantités importantes, j’étais fou de joie.
J’ai fait pendant un mois du lobbying en téléphonant, ma famille et moi-même à la Fnac, Virgin et Forum Privat en se faisant passer pour des clients et demandant s’ils avaient le livre en stock afin de l’acheter. La réponse était à chaque fois négative : « Non, nous ne l’avons pas, mais il est pas mal demandé ». C’était tout bonnement nous ! On a dû donner cent coups de fil et certains de mes amis sont même passés pour le demander. Une semaine plus tard, il était à la Fnac au rayon nouveauté en évidence. Virgin et Privat ont suivi.
Conseilleriez-vous l’auto-édition à un auteur qui ne trouve pas d’éditeur ? Si oui, pourquoi ?
Si il n’a pas le choix, oui ! Mais il sera condamné à faire les foires du livre pour le vendre, toutefois être près du public est génial, mais il faut avoir du temps. Aucun libraire ne prendra le livre. A chaque fois, en prospection, on m’a demandé la maison d’édition et ils s’assuraient immédiatement qu’elle était bien référencée sur Electre (leur logiciel d’approvisionnement des livres) et beaucoup passaient par le distributeur ou diffuseur, même pas par la maison d’édition.
Combien de livres avez-vous vendu depuis la sortie du livre fin 2005 ?
Environ 2 000, mais il est sorti en plein Noël… Alors, c’était plus simple pour le vendre. Pour le moment, je ne suis représenté que dans mon département… mais il semble que nous livrons assez régulièrement amazon, fnac.com.
Combien de retombées médias avez-vous eu ? Les journalistes sont-ils faciles d’accès pour un livre auto-édité ? Qu’ont-ils pensé du livre ?
Environ 15 articles presse sur plusieurs départements mais limités à la région, mais j’ai été les chercher. Les journalistes se moquent s’il est auto-édité ou pas mais à chaque fois, ils m’ont demandé un dossier de presse de l’éditeur concernant mon livre. Ce qui les intéresse, c’est le sujet et le bonhomme, sa vie et si ça sort des sentiers battus avec un peu de sensationnel, Bingo !
En général, les journalistes avaient tous lu le livre et l’avaient effectivement apprécié (une chance) le comparant à La guerre des boutons de Pergaut ou alors à du Pagnol (observation démesurée mais qui m’a bien plu).
Avez-vous d’autres projets d’écriture en préparation ?
Oui, le tome 2 !
Le petit Beur nantais, Eric Belile.
Les deux encres éditions. 300 pages, 20 euros.