Illustrateur, graphiste, infographiste : les magiciens de l'image (2/3)
Quels logiciels utilisez-vous ?
Pour les logiciels… Ce sera très vite vu, car principalement c’est Adobe Photoshop (depuis la version 3, nous en somme à la 7 et plus) dont je me sers presque exclusivement, même pour l’intégration des textes. Assez rarement un saut dans QuarkXpress m’aide à donner une belle courbe globale à certains textes qui méritent un rendu que ne permet pas Photoshop.
Quels outils manuels ? Utilisez-vous un scanner ?
Cet objet est véritablement très utile. Le dessin à la main est systématique. La couleur l’est souvent. J’utilise la peinture acrylique ou les craies grasses. Les couleurs sèchent vite et les nuances sont nombreuses. J’y intègre différentes matières qui donnent du relief. Puis je scanne le travail original. S’il y a trop de volume, je le prends plutôt en photo. Ensuite viennent les titres, les retouches, les dégradés subtils... jusqu’à ce que l’illustration ou la couverture me plaise vraiment. Souvent j’ai du mal à statuer entre plusieurs versions, alors je les donne toutes. Après l’échange d’avis jusqu’à l’approbation définitive, vient la gravure sur Cd-rom pour l’imprimeur, l’éditeur ou le client...
Etonnamment j’appréhende toujours beaucoup l’arrivée du livre déjà imprimé dans ma boîte aux lettres. Ce caractère définitif et irrévocable de l’impression papier me dérange un peu, même si elle est toujours la finalité. Peut-être aussi parce que c’est la matérialisation de la fin du projet, ça doit me rendre nostalgique. C’est à la fois excitant et aussi dérangeant que la redescente d’un soufflet au fromage !
Est-ce facile de percer dans ce métier ?
C’est le moins qu’on puisse dire, surtout en Normandie. Dans ce métier nous sommes beaucoup, et aussi passionnés les uns que les autres.
J’ai la chance de bien m’entendre avec la plupart de mes clients. Ils me rappellent donc facilement. Et puis d’une manière générale, j’aime les gens, j’aime leur faire plaisir autant que j’aime mon travail et j’attends d’eux une totale satisfaction. Je m’y emploie donc de toutes mes forces à chaque demande. J’ai appris à laisser de côté mon désir devant leur attente. Même si j’envisage telle ou telle technique pour un livre ou un texte, l’auteur a la priorité. Il sera sans doute rassuré de voir qu’il est écouté – et je l’espère à chaque fois – compris. Cela dit, plus le temps passe, plus les clients me font confiance et me laissent une grande liberté de création. Je les en remercie.
Sur quel projet travaillez-vous actuellement ?
Ce n’est pas un gros projet, c’est plein de petits, comme toujours. J’avais il y a encore peu de temps envisagé de créer ma propre maison d’édition afin de pouvoir faire naître divers projets d’autres et bien sûr éventuellement de moi. Je croyais que c’était possible car je maniais l’infographie et les images. Je me disais que j’aurais fait des économies en faisant tout. Mais l’expérience autour de moi m’a montré qu’il était souvent difficile de tout concilier : la conception, la réalisation, la vente, la diffusion, etc. Alors je me suis limitée à la création et à l’infographie au service de la création d’images exclusivement.
Si le « actuellement » correspond à aujourd’hui, rien d’assez concret pour en parler. S’il correspond à ce qui mûrit dans mon esprit, c’est un livre.
Si le projet en question est purement professionnel, il concerne alors toujours des couvertures de bouquins, ce pour quoi j’ai l’impression d’être faite – surtout quand j’arrive à faire la connaissance des auteurs en parallèle. Depuis quelques temps, d’étroites collaborations se tissent entre des auteurs compositeurs pour lesquels je travaille et réalise leurs pochettes d’album, livrets, etc. Le domaine de la chanson m’attire assez, il est plus
« léger » que l’édition mais ne le remplace pas dans mon cœur ! Pour faire rapide, le hasard m’a amenée à maîtriser la création de sites Internet, et puis la réalisation de toutes sortes de couvertures (livres, CD…).
Parfois je me dis que j’en ai marre d’être une exécutante de commandes, et puis en même temps, cela vide bien l’esprit de créer une image qui au fond ne viendra pas de nous. Cela ne fait pas de mal à notre ego d’artiste ! Du coup j’essaie de limiter les projets trop perso s’ils ne sont pas à but « altruiste » car on se plante souvent. Je me méfie maintenant de notre propre mise en valeur.
En revanche l’élaboration, la mise en place et tout ce qu’implique la maintenance d’un site comme le mien, je trouve ça très bien. Il y a de temps en temps des actions qui valent le coup d’être tentées.
Sinon j’aimerais bien reprendre les expos de peintures, mais je me retrouve face à un problème technique. A savoir qu’a priori on peint sur une toile avec un châssis, qui est unique ; et maintenant, je ne peux imaginer de créer une image sans avoir aussi mon amie la souris. Il y a le format des toiles en général assez grand. Et les images numériques sont beaucoup plus petites, d’autant plus que chez moi, une image de 10 x 15 cm retouchée non aplatie avec ses calques peut peser 100 Mo, alors comment mes ordinateurs vont-ils pouvoir gérer de très très grosses images, qui en plus, ne seront pas de vraies toiles avec de la peinture dessus.
Je sais que ce site doit apporter des solutions, mais si vous connaissez un artiste qui peut donner un filon… Car les amateurs d’art, eux, n’ont pas abandonné le traditionnel : il leur faut une toile en toile.
Et puis pour finir la photo, encore et toujours. J’en ai toujours beaucoup fait. Les appareils numériques ont changé notre manière d’appréhender la prise de vue. Photo + retouche est un vrai régal pour moi.
Comment vous formez-vous au jour le jour ?
Il y a les livres. Je lis beaucoup. Souvent mes cadeaux de Noël sont de gros bouquins sur Flash ou Photoshop ! Il y a Internet parfois dans des sites de formations.
Et encore plus rarement les copains. En fait là c’est purement par hasard, du genre : « Tiens, comment t’as réussi à faire ça ? C’est génial ». Et on est partis pour une matinée d’explications.
Mais bon, c’est quand même les livres dans mon cas qui m’aident le plus, ainsi que des commandes un peu plus délicates que d’autres où je vois clairement que je vais être obligée de me surpasser pour satisfaire à la demande.
Pourquoi avoir choisit le statut de freelance ?
Pour la liberté bien sûr. Je vais sans doute avoir une réponse paradoxale... Le télétravail (travail à la maison) est idéal dans bien des cas. D’autant plus que les illustrateurs sont en général plutôt des êtres solitaires et indépendants, préférant programmer leurs horaires et leur emploi du temps, qui n’aiment pas les contraintes et qui préservent leur liberté au mieux.
Mais dans cette solitude, pas de place pour la collation de 9 heures entre collègues, pas de place non plus pour des soirées ou des week-ends de complète abstraction du boulot en cours... Cela dit je n’échangerais pas de sort !
Est-ce plus facile d’être illustratrice indépendante ou illustratrice salariée ?
C’est sans doute une question de caractère. Je suis très indépendante (mais je n’en néglige pas pour autant les desiderata de mes clients !), et je préfère largement ce statut. Mais je dois avouer qu’un salaire versé à heure fixe et non variable doit être plaisant… et rassurant. Mais peut-on tout avoir ? J’ai choisi. Peut-être aussi en désespoir de cause, un employeur ne s’étant pas présenté à ma porte…
Quelles ont été les surprises qu’impose ce statut ?
Tout d’abord les fluctuations de la somme de travail d’un mois à l’autre. Une semaine je suis surbookée, et puis quelques jours plus tard plus rien et on se demande si on a fait quelque chose de mal ?! Ce n’est pas facile à gérer. Il faut apprendre à ne pas forcément tout faire tout de suite. Au début on a tendance à donner des délais très courts aux clients. C’est très bien pour eux mais nous, on est rapidement surchargé. Ensuite il peut y avoir un creux et on regrette la période de la « Charrette » ! En fait on n’est jamais content. Maintenant quand j’ai du boulot, je suis à fond dedans, et quand il y a un creux, je me dis que je suis en vacances. C’était dur cette gymnastique au début !
Pour l’installation en freelance, on doit acquérir des numéros partout, être affilié là ou là. Je suis à la Maison des Artistes depuis peu avec un régime pour les impôts ultra simple. Mais je ne pensais pas au moment de toutes ces déclarations, galérer autant pour avoir toutes ces infos. On est seul au début et on doit se débrouiller, et comme les formulaires changent souvent, on doit vraiment tout faire tout seul, même si on trouve un autre freelance comme nous ! Alors quand on est un tant soi peu timide comme moi, qui n’aime pas le téléphone, et en plus dans un trou perdu comme le mien…
Ouf, maintenant j’ai mon numéro Siret et je l’exhibe bien haut !!! En revanche, une fois installée, tout semble se passer parfaitement et on se sent véritablement LIBRE !
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