Illustrateur, graphiste, infographiste : les magiciens de l'image (3/3)
Vous arrivez tout de même à vous arrêter ?
J’essaie de prendre des vacances comme tout le monde, mais a contrario des travailleurs dit normaux, mes vacances à moi sont souvent plus actives que mes journées de travail. Je pars avec mes projets personnels à l’esprit, et je reviens avec ces mêmes projets concrètement écrits ou dessinés sur le papier !
Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui voudrait se lancer dans ce métier ?
Je serais bien présomptueuse, du bas de ma petite expérience, de donner des conseils à qui que ce soit. Cela dit les débutants qui me contactent n’obtiennent pas de moi une méthode. A chacun ses spécialités. Je leur conseille de la persévérance (beaucoup) du travail (beaucoup) et de la chance (un peu). Travailler ce dans quoi on pêche, même si on n’en a vraiment pas envie, et se remettre en question aux critiques, savoir discerner les vraies des vilaines. Et puis de la passion. Nous sommes trop nombreux pour y arriver sans passion je suppose. Par ailleurs c’est un domaine où l’on progresse très vite. C’est encourageant. Plus on y arrive, et plus on y arrive... Mon truc à moi, c’est de me fixer des buts. Exemple : savoir dessiner parfaitement une main en mouvement, faire la 1ère de couverture du Point, etc... N’importe quoi me direz-vous.
De quels éléments avez-vous besoin pour réaliser une couverture de livre ?
D’un fil conducteur si l’auteur ou l’éditeur a déjà une idée précise de ce qu’il veut, ou sinon simplement un résumé du livre avec le genre et le style de narration (policier, amour, documentaire historique, etc.). La couleur globale déterminera une certaine ambiance et en général les éditeurs me font confiance.
J’ai besoin de quelques directives afin de cibler au mieux leurs attentes. Ensuite nous décidons (ou je décide seule) quel élément sera mis en avant sur la couverture, je la dessine, ou retouche la photo si elle m’est fournie, et enfin l’intègre dans ma couverture. J’y ajoute ensuite les textes (le tout sous Photoshop, bien sûr), le texte de quatrième de couverture qui résume le livre, le prix, l’ISBN, le code barre que je crée aussi avec un autre logiciel (Code barre generator). J’intègre le tout au mieux pour qu’on ait une vision globale artistiquement correcte et heureuse à l’œil, tout en prenant soin de laisser les textes et les titres bien lisibles.
Ensuite en dernière étape, une fois tout le monde satisfait du travail (en général le tout le monde se résume à l’éditeur, à l’auteur et à moi-même), j’envoie mon fichier (une image TIFF aplatie / en 300 dpi / couleurs CMJN, pour les connaisseurs) qui est juste une image de la couverture telle qu’on peut la voir si on pose à plat un livre ouvert de façon à voir l’arrière du livre (la quatrième de couverture), la tranche, et le devant (la première de couverture).
Combien de temps vous prend la réalisation d’une pochette de disque ou d’une couverture ?
Je vais maintenant assez vite, je connais mes gabarits par cœur (les mesures idéales), je sais dans quel ordre procéder, où chercher mes images, quelles questions poser et à qui. Une journée pour tout réunir, plus régulièrement deux ou trois jours pour tout concilier jusqu’à l’envoi à l’imprimeur la semaine qui suit la première ébauche. Cela peut finalement aller très vite.
Est-ce difficile de travailler avec une grande entreprise comme Le Grand livre du mois ?
Au contraire, les grandes entreprises sont en général très pro. Elles savent ce qu’elles veulent, ont l’habitude de régler leurs factures dans les temps, et sont en général très claires sur ce qu’elles désirent. Le plus difficile est de se voir refuser un projet qui tient la route.
Que ressent-on quand on voit son travail reproduit à près de 400 000 exemplaires ?
C’est une drôle d’impression que d’imaginer 400 000 personnes qui voient presque en même temps son dessin en première de couverture d’un magazine. Mais y font-ils vraiment attention au fond ? Ce n’est qu’un support pour vendre le reste. Cela dit, c’est plaisant, on ne peut pas dire le contraire, mais j’éprouve exactement le même plaisir de recevoir dans mon courrier le premier modèle d’un livre tiré à cinquante exemplaires !
Pouvez-vous aussi travailler pour des particuliers ?
Bien sûr. Je travaille pour qui veut, je prends tout car j’aime tout ce qui concerne l’image (et depuis peu le son et la vidéo même !). Pour les particuliers, on a souvent affaire à des cartes de visite, des sites Internet personnels (les « blogs »), des affiches pour de petits spectacles… Dans le domaine de l’édition, les particuliers me demandent simplement de réaliser la couverture de leur livre s’ils ont envie de se faire éditer à compte d’auteur par exemple.
Combien doit débourser un particulier qui voudrait que vous réalisiez la couverture de son livre ?
Il va sans dire que j’adapte mes tarifs en fonction de la personne que j’ai en face de moi. Pour un particulier, j’applique des tarifs minimums afin de les laisser réaliser leur rêve à moindre frais. Pour un livre « normal » format livre de poche jusqu’à A5 (A4 coupé en deux, voir la rubrique « livres » sur www.karineleroy.com), je demande 150 euros tout compris (4ème de couverture, tranche, première, création du code barre pour permettre la distribution et la diffusion, insertion des prix, ISBN, textes de quatrième, biographie, envoi à l’imprimeur, BAT et suivi de l’impression). Il est important de soigner cette étape du visuel extérieur d’un livre qui attirera ou pas le lecteur potentiel.
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