Illustrateur, graphiste, infographiste : les magiciens de l'image (1/3)
Le visuel est très important dans l’édition car quand un client jette un oeil sur les étals d’un libraire, ce qu’il voit en premier c’est la couverture. Vous pouvez écrire une bonne histoire, si personne ne feuillète votre ouvrage à cause d’une couverture peu séduisante, vous aurez du mal à vendre.
Derrière les couvertures se cachent des passionné(e)s qui ont pour lourde tâche de mettre en image les souhaits de l’auteur, de l’éditeur, du directeur commercial ou du directeur marketing.
La dénomination du métier varie selon les professionnels : certains inscrivent
« graphiste » sur leur CV, d’autres « illustrateur », d’autres encore « infographiste ».
Points communs entre tous ces magiciens de l’image : beaucoup de candidats et peu d’élus, des rentrées d’argent irrégulières, des statuts précaires mais aussi une liberté de choisir ses clients (quand on peut), ses horaires et ses outils (manuels et/ou informatiques). Et un métier qui fait rêver.
Karine Leroy est illustratrice et infographiste en Basse-Normandie. Entretien avec une professionnelle qui travaille aussi bien pour de grands groupes que pour des particuliers.
Depuis combien de temps êtes-vous illustratrice ?
Tout de suite après le biberon ! Sans frère et soeur on s’ennuie vite. J’avais sans doute trouvé facile de prendre feuilles et feutres pour m’occuper. En 1974, il y avait moins de jouets que maintenant. Mon explication paraîtra probablement simpliste, mais le dessin semblait vraiment pour moi au début une pure occupation, un dérivatif à mon ennui de petite fille. Maintenant j’y trouve du plaisir. Je n’y vois là aucun don de fée. Mon père était dessinateur dans un bureau d’architecture. Je trouvais normal de colorier.
Et puis à l’école, puis au collège et enfin au lycée, ces qualités artistiques ont été noyées puis oubliées face au poids des matières principales comme j’étais une élève dite bonne. J’ai juste l’impression d’avoir perdu mon temps après la seconde car c’est à ce moment-là que j’ai dû faire des maths au lieu du dessin. D’un autre côté, je ne serais peut-être pas ce que je suis aujourd’hui sans ces années d’étude. Et si, et si et si... Maintenant tout est bien qui finit bien. Je ne sais pas ce que je serais devenue si j’avais fait dès le départ des études artistiques. Le fait de se battre pour y arriver est aussi formateur.
Sinon, je considère que je suis vraiment rentrée dans le métier de l’illustration en 1998, avec l’arrivée de mon premier fils Jonathan. Avec ce bébé, j’ai développé l’envie d’illustrer des albums pour les enfants, puis la jeunesse en général. Mais mes albums n’ont pas été retenus par les éditeurs pour la jeunesse, et je me suis peu à peu retrouvée à illustrer sur commande. Maintenant je suis centrée sur des illustrations pour adultes, ce qui au final, me correspond bien mieux ! Depuis septembre 2004, je suis officiellement à mon compte en profession libérale.
Quel a été votre parcours ?
Un Bac scientifique, à l’époque BAC C, avec une note de 20/20 en dessin... Et en toute logique des études de mathématiques et de physiques (très moyennes en plus) un DEUG A (Maths/Physiques) à la fac de sciences de Nice/Sophia-Antipolis et puis la grève des maths ! De toutes façons j’avais décidé de passer mon DEUG en 3 ans pour profiter pleinement des pelouses de la Fac de Nice. Du coup, école des Beaux-Arts à Nice. Résurrection. Là c’était le bonheur. Mais aussi les petits boulots pour payer les pinceaux et les expos de peinture pas toujours fructueuses. Ensuite une vie plus stable, de l’expérience, du recul, le développement d’une certaine confiance en moi et d’une adaptabilité à presque toute épreuve. L’honnêteté de dire : « Je ne sais pas faire cela, mais je ferai de mon mieux... »
Pourquoi une illustratrice qui marque sur sa carte de visite « infographiste » ?
Parce que je suis une travailleuse perfectionniste et quelque part faignante, et que seul l’outil informatique me permet d’arriver à mes fins, d’arriver à l’image que mon esprit projette. De plus seuls les connaisseurs saisissent la différence. Et puis il y a les sites Internet, les maquettes de couvertures qui ne contiennent pas forcément des dessins. Cela, c’est le travail d’un infographiste ! (En fait parce qu’une minute de pinceau sous Photoshop vaut deux heures de caches à découper avec mon vieil aérographe sur ma planche à dessin... Parce qu’on ne livre plus un dessin, on livre un Cd-rom! Parce qu’un Ctrl Z vaut mieux qu’un quart d’arbre coupé avec 10 dessins recommencés...).
Comment se sont passées vos premières commandes ?
Comme les dernières avec le stress en plus ! Dans ce domaine – à part pour certains éditeurs qui demandent toujours le même genre dans le même format, ce qui est rare, et c’est heureux – les commandes sont toujours différentes. Au début, j’avais toujours peur de ne pas y arriver. Je ne me suis pas forcément beaucoup améliorée au niveau de la technique, mais aujourd’hui je n’ai plus cette crainte paralysante de l’échec.
Pour les premières images, j’avais si peur de ne pas satisfaire que je rendais aux clients au moins douze projets différents afin d’être sûre qu’un leur plaise vraiment. J’ai amélioré cette pratique extrême, mais il semble qu’elle réapparaisse de temps à autre sur les nouveaux contacts, un peu surpris d’ailleurs par cette conceptrice quelque peu forcenée ou masochiste…
Comment vous êtes-vous créée votre carnet de clients ?
Tout à fait au hasard des rencontres. Je ne fonce pas dans le tas car je suis d’un naturel plutôt timide, bien que j’aime assez rencontrer du monde. Alors c’est un peu long et laborieux. J’ai encore du mal à m’imposer. En général, je laisse une carte qui présente mes travaux ainsi que l’adresse de mon site Internet, et puis la graine est plantée… Souvent elle ne pousse pas. Parfois elle prend et on voit naître une belle collaboration entre deux professionnels. J’aime mélanger parfois cette notion instable de « professionnel à professionnel » à une notion de camaraderie qui peut aller jusqu’à l’amitié. Bon, je dévie de la question.
Il faut aussi garder à l’esprit qu’on a pas besoin d’une foule de clients pour vivre. En général les anciens restent et de nouveaux arrivent. Le carnet s’agrandit tout naturellement. J’ai démarché par courrier, outre le fait que ça ait été coûteux, ça n’a pas été très efficace. En revanche, mon site Internet (www.karineleroy.com) a été et reste toujours mon premier atout.
Les appels d’offres aussi peuvent être intéressants quand on en trouve. Il faut alors passer du temps sur son projet pour gagner. Mais ça vaut le coup. Si techniquement on est assez compétent, cerner ce que le client attend vraiment peut suffire. Là il faut faire un petit effort de communication (conversations téléphoniques par exemple). S’il est satisfait, il rappellera.
Comment s’y prendre et pouvez-vous donner quelques conseils à ceux qui ont du mal à se vendre ?
On peut se rassurer en se disant qu’on n’a pas besoin d’être nécessairement très sûr de soi pour bien se vendre. Comme pour tous les boulots, il faut mettre en avant ses qualités.
Les cartes, très important les cartes pour les vraies rencontres (mais c’est perso), ça évite un long discours. Sur la mienne (tirage photo format carte postale 10 x 15 cm) il y a des carrés de 2 x 2 cm mis côte à côte avec des travaux ou des projets (édités ou non) qui survolent bien mes capacités. Puis un aperçu visuel pas trop volumineux pour les mails. Evidemment un site Internet aussi concis et explicite que possible. Il y a des gens qui ont des CV très chargés et qui n’ont pourtant pas beaucoup de compétences, et il y a ceux avec un curriculum de deux lignes et qui ont cependant tout pour réussir tant leur talent est grand. Les employeurs sauront les voir, c’est à n’en point douter ! Il ne faut pas se décourager. Ce qui compte, c’est vraiment l’image (pas de sa nouvelle coupe de cheveux pour une fois) et ça tombe bien, c’est ce qu’on fabrique, de l’image ! Il y a le vecteur du Net qui fait qu’on peut les transmettre en un éclair. Et là on est tous égaux, expérience ou pas…
L’outil numérique ne fait-il pas oublier la bonne vieille technique traditionnelle ?
Bien au contraire, j’ai redécouvert le plaisir de la peinture (avec feuilles et pinceaux !) sans interdit, sans limite. C’est l’alliance des deux techniques qui met en valeur le vrai dessin. Rien n’égale les effets de la peinture et des coups de brosse sur un support avec du relief. D’ailleurs ils me sont indispensables pour rendre une illustration pas trop dénuée d’intérêt.
C’est exactement comme un disque qu’on écouterait d’une oreille distraite d’un côté ou qu’on dépiauterait instrument par instrument de l’autre avec une oreille éclairée. Les violons jouent bien, ils jouent du violon. Le piano est parfait, c’est du piano. La batterie n’est sûrement pas artificielle. Et pourtant si ça se trouve, personne n’a joué ensemble, même le chanteur ne connaît pas forcément ses musiciens. Pour moi c’est un peu pareil, sauf que mes musiciens, je les connais par coeur et je sais où je peux les amener puisque c’est moi. A la fin je ne fais qu’assembler leurs voix. Normalement ça ne se voit pas. Sinon vous êtes priés de ne pas me le dire !
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