Interview d'Anne-Sophie Demonchy (2/3)
Dernièrement, vous avez soulevé la difficulté pour les blogueurs littéraires d’obtenir des services de presse.
Comment expliquez-vous la réticence des maisons d’édition ? Le problème de ces services de presse ne vient-il pas pour partie des abus de certains journalistes, lesquels demandent uniquement des SP pour obtenir les livres gratuitement et/ou les revendre, sans avoir la moindre intention de parler de l’ouvrage dans leur média ?
Vous pointez du doigt ce que je dénonce également : des journalistes peu scrupuleux, n’hésitent pas à revendre leurs SP sans même les avoir ouverts…
Les éditeurs, pas tous heureusement, connaissent encore mal cet univers des blogs et ne sont pas persuadés de son impact sur les lecteurs. La presse écrite et audiovisuelle en particulier, quoi qu’on en dise, a encore de beaux jours devant elle.
En revanche, les petits éditeurs qui ont peu de visibilité nous sollicitent plus volontiers. Il en est de même pour certains auteurs qui ont l’impression d’être délaissés par leur attachée de presse.
Combien recevez-vous de SP ? Les demandez-vous ou vous les adresse-t-on automatiquement ?
Je reçois environ huit SP par semaine, ce qui est raisonnable. En général, je les demande mais certaines maisons d’édition me les envoient d’office. Je reçois également des livres de jeunes auteurs.
Que faites-vous de vos services de presse ?
Je les lis ! Et pour prolonger votre question, une fois que je les ai lus, je les donne ou les prête très volontiers. Je n’ai pas vraiment la notion de possession. Mais je ne les revends pas.
Quels sont vos éditeurs préférés ?
Quidam sans aucune hésitation ! Ensuite, j’aime beaucoup les éditions Finitude, L’Arbre vengeur, Les Allusifs, Joëlle Losfeld, Actes Sud …
Le pouvoir prescripteur de la presse serait en baisse. Vrai ou faux ?
Comme je vous l’ai dit, la presse a encore de beaux jours devant elle. Pourtant, les lecteurs se montrent de plus en plus méfiants à son égard. Les collusions attisent les suspicions.
Pourquoi les grands médias boudent-ils les livres des petits éditeurs ?
C’est très simple : les petits éditeurs vendent peu, sont peu connus du public qui ne lira que des articles de livres dont tout le monde parle. De plus, ce sont les grandes maisons qui ont l’argent pour se payer des pages de publicité dans les journaux, pas les petits éditeurs. L’argent est au centre du problème mais pas seulement. Les journalistes reçoivent énormément de livres. Ils doivent donc faire un tri et vont naturellement vers les auteurs ou les éditeurs qu’ils connaissent déjà.
En même temps, ce serait réducteur de ne répondre que cela… Parce que le terme de « petites maisons » est ambigu. Je reçois un certain nombre de livres publiés chez de petits éditeurs. Les éditeurs soigneux et rigoureux comme L’arbre vengeur ou Quidam sont très attentifs à la qualité du texte ainsi qu’à la typographie, à la correction du texte, etc. D’autres éditeurs en revanche sont peu regardants… J’ai écrit à ce sujet plusieurs billets pour dénoncer ces éditeurs qui ne font pas leur travail professionnellement si bien qu’ils pénalisent leurs auteurs.
La réforme du prix Goncourt vous paraît-elle suffisante pour lui redonner son lustre ?
Franchement, je ne crois pas, mais, il faut attendre pour juger… Les prix littéraires sont également l’objet de convoitises, de rapports de force, de pressions multiples…
Que pensez-vous des petits arrangements entre éditeurs pour se partager les prix littéraires ? (le prix x pour toi et y pour moi ; le prix z pour toi si tu me cèdes les droits en poche de l’auteur A, etc.)
D’après vous ?
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