Interview de Donia Muller (2/3)
Avant d’adopter, vous avez subi plusieurs fécondations in vitro (FIV). Pouvez-vous expliquer comment ça se passe car manifestement, certains praticiens se soucient plus d’augmenter leur chiffre d’affaires, que d’essayer de savoir pourquoi les FIV ne prennent pas.
Les quoi ? Je plaisante... Mais ça me semble si loin ! Tant mieux que les FIV n’aient jamais « pris », je n’aurais jamais rencontré mes enfants !
Est-ce difficile d’obtenir un agrément ? Quelles sont les différentes étapes ?
L’agrément s’obtient à l’issue d’une enquête sociale et d’une enquête psychologique.
Là encore, beaucoup de différences entre les différents départements. Certains affichent un gros pourcentage d’agréments refusés alors que d’autres le donnent plus facilement. Dans certains départements il faut 3 ou 4 rendez-vous avec le psy, dans d’autres un ou deux suffisent. La situation des gens joue aussi pour beaucoup, s’ils sont mariés, pas mariés, s’ils ont déjà des enfants, s’ils n’ont visiblement pas fait « le deuil de l’enfant biologique ». C’est assez difficile psychologiquement de se dire que notre vie est soumise à l’avis de deux personnes (et d’une commission qui se plie souvent aux avis de l’enquête). Lorsqu’on attend son premier enfant, souvent après des années, l’enjeu est énorme. Ma vie entière se serait écroulée si nous n’avions pas eu ce premier agrément.
La lourdeur de l’administration française n’est pas une légende. Vous avez pu le vérifier auprès de la mairie, lorsque vous avez voulu obtenir des photocopies certifiées conformes.
Oui, c’est une aberration cette histoire de copies conformes ! Mais nous avons pu constater que dans les administrations étrangères c’était parfois encore bien pire ! En France au moins, c’est gratuit !
Les pays où l’on peut adopter des enfants ont-ils tous les mêmes exigences vis-à-vis des futurs parents ? (situation professionnelle, examen médical, etc.).
Non, chaque pays a ses propres critères. Des pays comme le Vietnam ne demandent que très peu de documents et acceptent tout le monde quelle que soit la situation familiale, alors que des pays comme la Chine demandent beaucoup de garanties financières, de santé, et même de diplômes. Mais il y a pire encore avec les dossiers pour la Russie ! Dans certaines régions la demande peut atteindre 40 documents différents, dont 8 attestations médicales de spécialistes (cancérologue, toxicologue, etc.) !
Pourquoi des pays se ferment-ils à l’adoption ?
Des pays peuvent fermer à l’adoption internationale pour plusieurs raisons. Ceux qui signent la Convention de la Haye restructurent leur fonctionnement et cela peut durer parfois plusieurs années. La fermeture peut être demandée par le pays mais aussi par la France, notamment s’il y a des suspicions quant à la clarté des procédures locales.
Une chose est frappante dans votre ouvrage : la solidarité entre les adoptants. Bien sûr, il y a toujours des exceptions, mais peut-on dire que sans cette solidarité, les choses seraient encore plus difficiles pour les futurs parents, notamment sur le terrain ?
Oui, l’aide des autres est primordiale. A toutes les étapes. De l’idée même d’adopter jusqu’à l’arrivé de l’enfant et même après. S’épauler, se soutenir, partager les expériences est vital. Je pense qu’on serait moins nombreux à adopter sans cette entraide massive (notamment grâce aux groupes de discussion).
Concrètement aussi, c’est clair que sans l’aide des autres adoptants, notamment de ceux qui sont inscrits sur les groupes de discussion, l’adoption individuelle peut paraître impensable ! Je ne nous aurais pas vu partir « seuls » au Vietnam si je n’avais pas échangé avec de nombreux adoptants qui étaient en démarche ou étaient revenus avec leur enfant ! Pi très concrètement aussi, quand on est dans le pays et qu’on se retrouve entre adoptants, on se serre les coudes !
Suite