Interview de Donia Muller (3/3)
Vous évoquez les petites enveloppes données à des intermédiaires et à des fonctionnaires. Ces pratiques vous ont-elles choqués ? Est-ce possible d’adopter sans mettre la main à la poche ?
Oui c’est possible. Le sujet est un peu tabou et j’ignore totalement le nombre d’adoptants qui ont été confrontés à ça mais je sais que certains ont résisté et ont pu adopter sans rien verser. Nous concernant, nous n’avons pas eu le choix. Les enveloppes ont été annoncées une fois que nous avons eu l’attribution de notre fils. Peut-être que ça a été de la faiblesse de notre part d’accepter mais bon, nous n’avons pas voulu prendre le risque de ne plus revoir notre fils. On nous a quand même donné le choix entre attendre 4 ou 5 semaines pour récupérer le passeport vietnamien de notre fils, ou l’attendre 3 jours... Par contre, nous ne sommes jamais passés par un intermédiaire. Nous avons adopté notre fils directement auprès de l’orphelinat.
Tant que vous n’avez pas ramené l’enfant en France, le directeur ou la directrice de l’orphelinat peut arrêter l’adoption avec vous. Comment vit-on quand on a cette épée de Damoclès au-dessus de la tête car vous avez connu cette situation pour Louis au Vietnam ?
L’histoire qui nous est arrivée avec la directrice de l’orphelinat est quand même assez rare ! Heureusement ! Mais c’est vrai que là-bas tout paraissait tellement surréaliste qu’on se demandait en permanence quel grain de sable pourrait bien se mettre dans nos rouages. Tant qu’on est pas rentré avec notre enfant, on n’est sûr de rien.
Adopter coûte cher (vous donnez les chiffres dans votre livre). Vous avez réalisé une enquête afin de répertorier les conseils généraux qui accordent une aide financière. Quels sont les résultats de cette enquête ?
Sur 95 départements contactés entre le 16 et le 30 mai : 23,16% des départements accordent une aide financière aux gens qui adoptent à l’international. Cette aide peut être un prêt à taux 0 (16,84% des départements), une subvention non remboursable (3,16%), l’un et/ou l’autre (3,16%). Ces aides sont soumises à condition de ressources, sauf pour un département où l’aide est attribuée quelles que soient les ressources de l’adoptant. Encore une fois on ne peut que constater des disparités entre les départements. 2,11% des départements étaient en train d’étudier la possibilité de mettre en place une aide et l’un d’eux était en train de faire exactement la même enquête que moi !
Le rapport Colombani va-t-il simplifier les choses en matière d’adoption ?
A chaque fois que quelqu’un tente de simplifier les choses, les chiffres de l’adoption internationale baissent ! Plutôt que de consolider l’existant en lui donnant les moyens de faire plus (professionnaliser les OAA par exemple pour qu’ils acceptent plus de dossiers) chaque réforme vise à reconstruire à côté un nouveau dispositif qui fait chuter le nombre d’adoptions (4136 adoptions en 2005, 3977 en 2006 et 3162 en 2007 – l’AFA a été créée mi-2006).
Comment vont vos enfants aujourd’hui ?
Ils vont super bien ! Ce sont de vrais amours ! Ils s’adorent et c’est un réel bonheur de les voir tous les deux. Comme toutes les mamans, je vais vous dire qu’ils sont gentils, câlins, intelligents, beaux, enfin tout quoi ! Et en toute objectivité évidemment ! (rires !). Je pense toujours très souvent à tout ce qui a entouré leur rencontre. Je suis restée très marquée par tout ça, ça a été tellement fort, littéralement extraordinaire. Nous avons eu beaucoup de chance.