Interview de Jacques Deveaux (1/4)
Le commissaire divisionnaire Jacques Deveaux vient de publier Souvenirs d'un flic belge aux éditions de l'Arbre. Loin des séries policières diffusées à la télévision, Jacques Deveaux décrit son travail de flic de terrain.
Vous êtes directeur coordinateur de la police fédérale de Bruxelles. Quel est l’intitulé équivalent en France ? En quoi consiste votre travail ?
Il est difficile de faire comprendre à nos collègues étrangers, une fonction aussi complexe, dans un si petit pays qui a oublié les solutions pragmatiques pour privilégier des accords certes équilibrés, mais complexes.
Le directeur coordinateur peut pourtant être comparé au Préfet de police, dans ses pouvoirs de coordination policière sur le territoire de son ressort, ses compétences exclusives en matière de direction opérationnelle des forces de police lors d’événements graves, tels les catastrophes naturelles, accidents industriels majeurs ou situations d’émeutes graves. Le Directeur Coordinateur, autrement appelé DIRCO, est à la fois représentant du ministre de l’Intérieur, mais constitue la fonction relais du gouvernement vers les polices locales et les unités déconcentrées de la police fédérale en des matières sensibles : la lutte contre le terrorisme, l’exploitation économique d’êtres humains, la fraude fiscale, etc.
Le DIRCO implémente sur son territoire, la politique ou les politiques de sécurité du gouvernement. Il reçoit son mandat du Conseil des Ministres pour une durée de cinq années et est nommé par le Roi. Il dépend directement pour certaines compétences du Commissaire Général de la police fédérale. Pour le reste, il agit en autonomie. Son niveau de pouvoir et de coordination se situe au même niveau que les Gouverneurs de Province dont les compétences ne peuvent empiéter sur les matières de sécurité policière ainsi que le Procureur Général, dont il est un partenaire réellement privilégié. Ce statut est unique en Europe. Je connais cependant un équivalent au Québec où le Directeur Coordinateur exerce les mêmes fonctions proactives et de coordination policière qu’en Belgique.
Combien d’hommes et femmes avez-vous sous votre responsabilité ?
J’assure la direction immédiate d’un effectif de 200 personnes constituant le Corps d’Intervention. Un état-major de cinquante personnes compose les services de gestion, de politique criminelle et de développement de la politique du gouvernement. Les 200 policiers ont essentiellement pour missions de protéger les ambassades et les institutions internationales sensibles. Et, à Bruxelles, cela ne manque pas, croyez-moi…
Le DIRCO a pouvoir de coordination et d’injonction sur les 1.500 policiers fédéraux chargés notamment de la protection de la Famille Royale Belge, la police du métro et des voies de chemins de fer, la police portuaire et la police de la route.
Mes services assurent également la supervision de la police aéronautique et de certains postes de contrôles des frontières.
La gestion des ressources humaines du pilier de la police judiciaire est également confiée intégralement au Directeur Coordinateur. 800 enquêteurs judiciaires dont la division de lutte contre le terrorisme, la « Crim », en font partie.
Les polices locales comptent environ 5.000 policiers sur l’arrondissement judiciaire. Leurs objectifs locaux sont fixés de commun accord avec le Directeur Coordinateur qui siège aux côtés des bourgmestres (maires) et des chefs de police. Ils rendent compte de leurs missions de police fédérale au DIRCO.
De manière directe ou indirecte, le DIRCO de Bruxelles coordonne ou dirige quelque 6.000 personnes.
Je suis également le Président de la négociation syndicale et responsable de la sécurité et du bien-être, pour 7.000 policiers fédéraux. Je n’avais pas vraiment pensé à ce total, mais il n’est pas loin de 13.000 personnes. Vous m’avez surpris à y penser. Je négociais ce matin les conditions de travail des gardes du corps de Sa Majesté le Roi et des membres de la Famille Royale à laquelle je tiens énormément. Je l’ai dit, je suis un mousquetaire du Roi. Cela doit vous paraître étrange. Enfin, que ce chiffre ne vous impressionne pas. Je dirige une grande entreprise, mais je suis largement secondé par les meilleurs officiers, triés sur le volet.
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