Liv'Editions : histoire d'une belle aventure
Créer une maison d’édition, la faire connaître et la faire prospérer, demande des années et des années d’efforts. Comme le Petit Poucet, il faut déposer des « cailloux » un peu partout avant de récolter le fruit de son travail.
La maison d’édition Liv’Editions a démarré tout doucement en 1994 et puis elle a grandi d’année en année. Aujourd’hui, la maison réalise près de 500 000 euros de chiffre d’affaires.
Retour sur cette belle aventure avec Lionel Forlot, le fondateur de la maison d’édition.
Pouvez-vous nous raconter les débuts de votre maison d’édition ?
Passionné de lecture et d’écriture, j’ai commencé l’aventure en 1994 en publiant sous le label LIV’ÉDITIONS mes deux premiers romans intitulés L’amour interdit et Le pain des larmes ; fort du succès des premières ventes, je me suis intéressé de près à d’autres auteurs comme Charles Le Quintrec qui m’a confié un premier manuscrit pour édition, puis comme Christian Denis (11 romans publiés chez LIV en 5 ans) ou encore Jean-François Coatmeur. Deux ans plus tard, j’ai été rejoint par mon associé d’aujourd’hui, Yannick Auffray.
D’où vient le nom Liv’Editions ?
LIV c’est LIVRE en Français, LIVE en Anglais, et cela signifie Encre et couleur en Breton (prononcé « liou ») – ce qui dénote bien des ambitions de la Maison qui veut avant tout étendre sa production sans se laisser réduire à la seule région Bretagne.
Pourquoi avez-vous axé votre maison d’édition sur le créneau du livre de poche ?
Le poche est un type de livres qui permet de découvrir les plus grands auteurs de notre époque comme d’offrir l’opportunité aux autres de trouver un plus large public et de se faire connaître à petits prix. C’est également une catégorie de livres qui offre l’avantage de rester plus longtemps dans les rayons du libraire et donc de favoriser une vie plus longue aux livres.
Quelles ont été les difficultés à vos débuts ?
De trouver son style et surtout de faire la part entre ses coups de coeur et ce qui se vend. Dans ce type de métier, il faut garder les pieds bien sur terre tout en conservant une partie de sa tête dans les étoiles. Nous avons une partie de notre production qui pourrait être qualifiée
« d’alimentaire » ; ce sont des livres que nous n’aimons pas particulièrement même s’ils sont dignes d’intérêt, mais que les lecteurs attendent – grâce à ces ventes, nous pouvons réaliser des rêves, prendre des risques sur des titres « coups de coeur ».
Combien de titres avez-vous sorti la première année ? A quel tirage ?
La première année, j’ai publié 3 titres qui se sont vendus entre 2 000 et 3 000 exemplaires environ.
Comment se sont passées la diffusion et la distribution à vos débuts ?
Notre diffusion du début était départementale ; j’ai commencé par le Morbihan et le Finistère pendant les deux premières années – j’ai visité moi-même les librairies, grandes surfaces et maisons de la presse, mais aussi les bibliothèques municipales, les CDI dans les établissements scolaires, les comités d’entreprises : un véritable travail de fourmi !
Les deux années suivantes nous avons, avec l’arrivée de Yannick Auffray, étendue notre diffusion à la Bretagne... puis progressivement embauché des commerciaux pour étoffer notre clientèle qui comptait près de 1 200 points de ventes il y a 5 ans.
Les points de vente ont-ils bien accueilli vos titres ?
Les librairies nous ont reçus d’une manière sympathique ; nous regrettons simplement quelquefois le désintérêt de certains... mais lorsqu’on voit le nombre de titres qui sont publiés chaque jour en France, on imagine facilement les difficultés du libraire qui doit suivre les modes, les médias et qui se trouve plus dans la position d’un manutentionnaire que dans la peau d’un passionné de lecture.
En quelle année Ouest-France est-il devenu votre diffuseur ?
En 2002.
Est-ce que ça a été difficile de les convaincre ?
Il a fallu attendre 8 ans pour qu’un diffuseur s’intéresse à nous – c’est dur de faire ses preuves !
Combien de collections avez-vous ? Combien de titres au catalogue ?
Nous avons 5 collections et environ 300 titres au catalogue.
Quel est le tirage moyen de vos titres ?
3 000 exemplaires.
Combien de manuscrits recevez-vous par an ?
500 manuscrits par an environ.
Comment se déroule la sélection des manuscrits ?
Nous faisons un premier tri dit de principe, à savoir que nous éliminons tout ce qui n’entre pas dans nos collections (par exemple : livres de cuisine, poésie, nouvelles, livres pratiques, sport... albums jeunesses pour les petits... etc...) et sont éliminés :
• les illisibles et ceux écrits en charabia.
• les mystiques (philosophico-mystiques) écrits par des illuminés de tout poil. (ex : compte-rendu d’une séance de table tournante ou de lévitation).
• les historiens du dimanche qui sont persuadés d’avoir découvert l’énigme du siècle.
• les plagiaires : au niveau du sujet ou du style (un best-seller suscite bien souvent des imitations massives).
• les manuscrits délicats, comme certains témoignages d’handicapés ou de malades rescapés. Ce sont souvent des récits très émouvants mais la plupart du temps très mal écrits.
Ensuite nous lisons ce qui reste avec sérieux mais nous abandonnons très vite la lecture de ce qui ne représente aucun intérêt ou ce qui est très mal écrit ! Les membres du comité de lecture ont des personnalités et des spécialités différentes, ainsi nous pouvons cibler l’envoi de certains manuscrits par affinité ; si nous avons besoin par exemple de vérifier la véracité d’un roman historique, nous allons préférer le faire lire par un spécialiste de cette période. Il faut savoir également que nous avons des écrivains dans notre comité de lecture, tout comme de gros lecteurs de bibliothèque ; le tout étant de mélanger et de comparer des avis par des lecteurs de milieux différents.
Pour les auteurs qui souhaiteraient vous envoyer leur manuscrit, quels conseils leur donneriez-vous pour que leur texte soit sélectionné ou si vous préférez, quelles sont les erreurs à ne pas commettre ?
Il faut accompagner votre manuscrit d’une lettre de présentation. Ce petit écrit peut éveiller l’attention du lecteur comme il éveillera peut-être l’attention du critique. Attention cependant à ne pas être prétentieux ou trop long et attention surtout à votre orthographe : il ne faudrait pas que cette petite lettre produise un effet contraire ! Il est utile d’indiquer son âge et sa profession. Quand nous acceptons un manuscrit, c’est à un auteur qu’on veut s’attacher. Un premier livre est rarement un grand succès. Un manuscrit imparfait pourra retenir l’attention si l’auteur est encore jeune. Un auteur d’âge mûr doit offrir une oeuvre accomplie.
Il est utile de se munir de recommandations ; certes, on sera lu plus vite, mais un éditeur ne publie pas pour faire plaisir à un ami ou à une haute relation. Sinon, il ferait vite faillite. Nous n’appelons pas « recommandation » le fait d’avoir un nom connu ou d’appartenir à un grand jury. Dans ces cas-là, on est publié plus facilement pour des raisons bien compréhensibles de politique éditoriale.
Inutile aussi de raconter ses malheurs privés (avoir un fils handicapé ou une entreprise qui périclite, être chômeur ou unijambiste). Hélas, l’édition n’est pas plus qu’un autre métier une activité philanthropique.
Ecrivez-vous encore vous-même ?
Oui j’ai récemment publié un dernier roman intitulé La crème et l’araignée. Je connais aussi le parcours du combattant que représente l’acte de chercher un éditeur ; c’est pourquoi il me semble être proche de mes auteurs.
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