Nocturnes littéraires à Marseille
Catherine Denninger a participé à deux nocturnes littéraires fin juillet. Elle nous livre ses impressions.
Si je devais mettre un titre à ces quelques réflexions, ce serait « les tribulations d’une illustre auteure inconnue ».
Invitée à présenter mes deux romans lors de deux nocturnes littéraires, j’ai été confrontée à quelques situations dont je ne suis sûrement pas la première à faire les frais.
C’est sans aucun doute un moment important, cette rencontre avec des lecteurs potentiels. Mais encore faut-il que ceux-ci parviennent à vous repérer.
La première nocturne à laquelle j’ai assisté fut ce qu’il convient d’appeler un « bide ». La communication insuffisante autour de l’événement, cette manifestation n’attira que quelques badauds.
Toutefois, près de moi, un auteur prolixe de la région vendait ses livres et me faisait profiter gentiment de quelques conseils. Par contre sur sa droite, une voix féminine haranguait les passants : « Venez acheter mon livre. Allez, il n’est pas cher etc... » Sur le mode de « Il n’est pas frais mon poisson ?… ».
Les comportements humains variés, je connais, mais quand même ! De là à vendre son livre comme une casserole ou un gant de toilette ! Mon sympathique voisin se tourna vers moi. Devant son air effaré, je lui dis : « Je ne pourrais jamais faire ça ! » Il me répondit que ce genre de personne, qui se dit écrivain, nous faisait beaucoup de torts. Fin de l’épisode.
J’ai vendu un livre à une jeune femme charmante à qui j’ai proposé ma chaise puisqu’elle avait le pied dans le plâtre. Je n’ai pas, comme aurait pu le faire ma curieuse voisine et néanmoins consoeur, couru sur la place, à la recherche de tous les éclopés, une chaise sous le bras et mon livre sous l’autre, avec un furieux espoir de les voir récompenser mon dévouement par l’achat inespéré de mon roman.
Lors de la deuxième soirée, je découvre l’endroit qui m’avait été octroyé. Environ trente-cinq centimètres linéaires. Mes romans, serrés les uns contre les autres, ressemblaient à des petits orphelins pétrifiés de terreur. De chaque côté, les ouvrages de mes voisins couvraient bien un mètre cinquante linéaires (à vue de nez). Mais là, autant mon voisin de gauche se montrait discret autant celui sur ma droite capta mon attention par son comportement me rappelant celui de la jeune femme, la veille.
Propulsé de sa chaise chaque fois que des promeneurs passaient devant lui, il se penchait par dessus ses livres et attirait les passants avec un bagou digne des plus grands bateleurs. Interpellant ainsi une visiteuse : « Ah Madame ! Venez que je vous présente mes livres. Qu’est-ce que vous aimez comme genre ? »
La pauvre dame, manifestement gênée, bredouilla qu’elle aime un peu de tout. « Ah ! s’exclame avec joie mon voisin, alors j’ai tout ce qu’il vous faut. Quarante pour cent de mes lecteurs me disent que celui-ci les fait rire, celui-là les touche profondément, etc… » Pendant ce temps-là, les autres visiteurs restèrent bouche bée et, suivant leur force de résistance achetèrent ou s’en allèrent comme s’ils avaient le feu aux trousses.
Cela aurait pu être cocasse, à défaut d’être amusant, si ce monsieur ne faisait pas des grands gestes et n’interpellait les personnes qui s’arrêtaient devant moi. Je n’allais pas me battre avec lui mais je lui ai dit que jamais je n'haranguerai les passants comme lui. Un peu vexé, il me répondit « Alors, madame, vous ne vendrez jamais de livres ! » Un peu plus tard, il revint à la charge. « Cela doit vous faire de la peine de voir que l’on signe des livres et pas vous ! » Partagée entre l’envie de rire ou de lui en balancer une bien bonne à mon tour, je lui répondis que lorsque l’on est un auteur inconnu, on n’arrive pas avec l’illusion de voir disparaître ses livres en une soirée, à moins d’un miracle. Mais, à voir sa tête désolée et le silence qui suivit mes propos, je pense qu’il a dû se dire qu’il avait à ses côtés une pauvre femme bien naïve.
Au cours de la soirée, il y a tout de même eu des rencontres agréables. Des personnes vaillantes qui ont réussi à passer le barrage de mon confrère et qui m’ont acheté deux livres.
Enfin, mon cher voisin, lors d’une interruption momentanée du public, me fit part d’une dernière réflexion : « Vous écrivez des livres policiers mais c’est curieux, parce qu’en général, ce type d’ouvrage devrait faire plus de trois cents pages… et non l’épaisseur des vôtres. Mon éditeur n’aurait jamais admis cela ! »
Ouf ! Mon éditeur ne fonctionne pas au poids des livres mais sans doute à leur contenu ! J’ai gardé cette répartie pour moi car que répondre à tant de stupidité ?