Qui détient le pouvoir dans l'édition (25/03/09)
On trouve de multiples métiers dans la chaîne du livre : auteur, éditeur, correcteur, maquettiste, infographiste, attaché(e) de presse, commercial, comptable, journaliste, libraire, imprimeur, diffuseur, distributeur, transporteur…
D’après vous, quel acteur a le plus de pouvoir parmi tous ces métiers ?
Sans auteur, pas de livre bien entendu. Mais il y a tellement d’auteurs qui cherchent un éditeur, que si un auteur décide ne pas présenter son texte, un autre prendra sa place.
L’éditeur ? Il choisit les textes qu’il publie selon x critères, mais il ne peut jamais être certain qu’ils vont se vendre et trouver un public.
Les journalistes littéraires ? Leur pouvoir de prescription à baisser. C’est l’avantage d’avoir des classes d’âge ayant le niveau Bac : elles ont un minimum de connaissances. Le temps où le curé, le maire, l’instituteur et le médecin étaient les seules personnes instruites dans les villes et les villages est révolu.
Les libraires ? Noyés par les offices, ils font ce qu’ils peuvent pour lire les livres et conseiller leurs clients.
Le lecteur ? C’est lui qui décide du succès d’un titre en l’achetant ou pas. Son pouvoir est important puisqu’il est en fin de chaîne. Mais à mon avis, ce n’est pas lui qui détient le pouvoir dans l’édition.
Ce qui suit n’est que mon avis personnel. Pour moi, celui qui détient le pouvoir est celui qui possède les stocks et gère la facturation. Le boss, c’est le distributeur.
Le distributeur, qui est aussi parfois diffuseur, a droit de vie ou de mort sur la plus grande partie de la chaîne du livre.
C’est lui qui paie les maisons d’édition et rembourse les invendus aux librairies. Avec l’argent du distributeur, les éditeurs règlent les auteurs, les imprimeurs, les collaborateurs. S’il fait faillite ou s’il bloque les fonds, le château de cartes s’écroule, maisons d’édition et librairies ont peu de chance de revoir leur argent et risquent à leur tour de déposer le bilan.
Le distributeur gère le stock : il peut bloquer sur sa plate-forme les titres d’un éditeur qui lui doit de l’argent, refuser de livrer un point de vente débiteur.
Surtout, de distributeur, il peut devenir donneur d’ordre vis-à-vis des éditeurs. De sous-traitant, il devient en quelque sorte le patron. Comment est-ce possible ? Tout simplement à cause des sommes dues au distributeur. Avez-vous écouté le podcast que je vous ai conseillé, quand l’éditeur parle du distributeur qui dit qu’il ne va y avoir que 300 exemplaires mis en place ?
Normalement, ce n’est pas au distributeur de décider de ça, mais à l’éditeur (et à son diffuseur). Mais quand le distributeur a pris la mainmise, il peut imposer ce genre de choses.
Le distributeur gagne de l’argent de trois façons :
- sur les livres mis en place dans les points de vente.
- sur les livres qui restent à l’entrepôt (l’éditeur paie le stockage).
- sur les retours de livres (les invendus).
Pour vous donner des chiffres, voici ce que demandait mon distributeur en 2004 :
- sur les livres mis en place dans les points de vente : 11% du prix HT du livre.
- sur les livres qui restent à l’entrepôt : 0,08 €/mois et par livre pesant moins de 300g ; 0,10 €/mois et par livre pesant entre 301 et 600g ; 0,12 €/mois et par livre pesant entre 601 et 1500g. Devis pour les livres dépassant 1500g.
- sur les retours de livres : si le taux de retour dépasse 25%, le distributeur touche 1,5% du prix HT (taux de retour entre 25 et 35%), 2,5% du prix HT (taux de retour entre 36 et 50%), 4,5% du prix HT (taux de retour entre 51 et 70%), 6% du prix HT (taux de retour entre 71 et 100%).
S’il y a du pilon, c’est en grande partie à cause des frais de stockage. Quand vous avez des milliers d’exemplaires qui ne se vendent pas, ça coûte moins cher de détruire que de réimprimer.
En début de contrat, l’éditeur doit verser une provision (une sorte de caution) qui permet au distributeur de se couvrir financièrement en cas de retours excessifs : une provision de retour. Il peut aussi demander une provision de fin de contrat (au cas où vous voudriez partir ailleurs).
C’est paradoxal, mais moins un livre se vend, plus le distributeur gagne d’argent (à cause des retours). Il peut toucher jusqu’à 17% du prix HT du livre, sans compter les frais de stockage. Là, les éditeurs sont pris à la gorge. Ils éditent des livres qui ne se vendent pas et doivent régler l’imprimeur, le diffuseur (s’ils en ont un) et le distributeur. La facture est salée, il faut de la trésorerie pour supporter ces coûts. Quand un éditeur ne peut pas payer le distributeur parce qu’il ne vend pas assez, il n’a pas 36 solutions :
- il trouve de l’argent.
- il ferme.
- il fait entrer le distributeur dans le capital de la maison d’édition en échange de l’abandon des créances.
Quand cette troisième option arrive, la maison d’édition perd une partie de son indépendance. Désormais, le distributeur-actionnaire a son mot à dire sur le programme éditorial, le tirage, les mises en place, etc. L’éditeur croit beaucoup à un livre ? Le distributeur peut tout mettre par terre : « ça ne va pas intéresser grand-monde, on n’en met que 300 exemplaires en place ». Avec ce système de participation, le distributeur touche le jackpot si une maison d’édition fait un best-seller, car il va gagner de l’argent sur l’activité distribution mais également sur une partie des bénéfices de la maison d’édition. Plus sa participation au capital de la maison d’édition sera grande, plus il empochera.
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