Réformer les prix littéraires
Lors de la proclamation des prix littéraires de l'automne 2007, deux expressions sont revenues régulièrement dans les médias : "La rébellion des jurés" et "La révolte des jurés". Rébellion contre qui ? Révolte contre quoi ? Contre les éditeurs et leurs amicales pressions pour influencer le vote des jurés.
Le fait même d'employer ces expressions démontre bien que depuis plusieurs années, des jurés servent uniquement de messager.
Les prix littéraires sont-ils utiles ? Oui sans doute, mais à condition que l'ouvrage primé le soit pour ses qualités littéraires, et non parce que son éditeur "détient" plusieurs voix de jurés qui lui donnent la majorité (absolue ou relative) et donc le bandeau rouge tant recherché.
Dans le monde professionnel et politique, il y a longtemps que le délit de prise illégale d'intérêt aurait été soulevé. En justice, un magistrat devant juger une affaire serait récusé s'il avait des liens avec l'une des parties. Mais dans le monde littéraire, cela ne gêne pas qu'un juré édité par X puisse voter pour un livre publié par X. Sur le plan déontologique, il serait donc souhaitable que les jurés ne puissent pas voter quand leur maison d'édition est représentée.
Le Goncourt modifie actuellement son règlement (membre honoraire à partir d'un certain âge, plus de vote par téléphone, prix remis à un livre présent dans la dernière sélection). Ce dernier point nous amène au prix Renaudot décerné à Daniel Pennac alors qu'il ne figurait pas dans la dernière sélection de ce prix. Une polémique s'en est suivie entre Christophe Donner et Franz-Olivier Giesbert, membre du jury. L'amertume de M. Donner et des autres auteurs de la dernière liste du Renaudot est compréhensible car lorsque les jurés publient cette liste, cela revient à dire au grand public : "Voilà pour nous les 5 ou 6 meilleurs livres qui méritent le Renaudot". En décernant le prix à un auteur non sélectionné, on comprend : "Aucun des livres de la dernière sélection ne le méritait". Difficile dans ces conditions de s'y retrouver.
Pour redonner de la crédibilité aux prix littéraires, les mesures suivantes pourraient être prises :
- élargissement du nombre des jurés : lorsque la dernière sélection est connue, les jurés ayant un lien éditorial avec un auteur ou une maison d'édition nominée ne peuvent prendre part au vote. Pour cette raison, il faut un plus grand nombre de jurés éligibles.
- vote à bulletin secret dans un isoloir avec des bulletins imprimés du nom des auteurs, comme pour les élections.
- ouverture des jurys à des libraires et/ou à des lecteurs.