Rentrée littéraire (03/09/08)
Le petit monde de l'édition est en effervescence à partir de mi-août, car les éditeurs espérent que le temps et l'argent investis vers les journalistes et les libraires porteront leurs fruits avec des articles, des chroniques ; des commandes et des ouvrages bien disposés dans les points de vente. 676 nouveautés sont annoncés par Livres Hebdo. Je peux déjà vous dire que ce chiffre est sous-évalué. En réalité, plus de titres vont sortir. Livres Hebdo ne peut recenser que les informations que lui communiquent les éditeurs ou que le magazine réussit à obtenir. Ces titres en sus émanent de petites maisons comme la mienne, qui ne voient pas (ou plus) l'intérêt d'informer Livres Hebdo.
En septembre, je sors un roman. Un seul. Comme il a une portée essentiellement locale, la communication sera elle aussi locale.
Sur les 676 nouveautés "officielles", la plupart émanent des grandes maisons d'édition, mais aussi de petites et moyennes maisons qui veulent entrer dans la danse. Rappelez-vous l'interview que m'a accordée Anne-Sophie Demonchy : les médias préfèrent parler des maisons connues, même si leurs critiques sont mauvaises. Dans le Parisien du 30 août 2008, les journalistes Caroline Andrieu, Pierre Vavasseur et François Vey ont sélectionné 9 romans qu'ils considèrent comme étant parmi les meilleurs. Les maisons d'édition citées sont L'Olivier, Albin Michel (2 fois), Gallimard, Julliard, Actes Sud (2 fois), Grasset, Le Seuil. Il n'y a aucune petite maison d'édition retenue.
La rentrée littéraire, c'est un peu comme un Quinté + du PMU : beaucoup de partants et un seul gagnant. Au Quinté +, seuls les 7 premiers chevaux touchent une allocation. Au cours de cette rentrée, quelques romans vont rapporter très gros. Une autre partie va juste équilibrer les comptes. Pour les autres titres, ce sera des miettes, le pilon, voire l'oubli.
Vu la difficulté de s'imposer, j'ai du mal à comprendre que des confrères veuillent absolument sortir l'essentiel de leur production annuelle en septembre plutôt que de l'étaler. Les médias sont tournés vers les maisons connues, vers les prix littéraires ; les tables des librairies changent à vitesse grand V dès qu'un ouvrage recueille de bons échos, poussant dans la réserve les titres qui ne se vendent pas. Ces recalés de la rentrée se vendraient peut-être si on leur laissait du temps. Mais le temps n'existe pas à la rentrée littéraire. Des petits éditeurs n'en ont cure ; ils font la rentrée littéraire, ils sont contents. Ils oublient que l'édition n'est pas un métier uniquement de lettres mais aussi de chiffres : pour continuer à publier, il faut gagner plus que l'on ne dépense. Ce n'est pas en noyant sa production parmi un raz-de-marée que l'on y parvient. Alors oui il y aura des morts, comme tous les ans. Des maisons d'édition qui ne récupéreront pas leur mise et seront en difficultés financières, voire en cessation de paiement ; des auteurs ayant peu vendus à qui on rendra leur contrat.
Peut-être ne le savez-vous pas, mais les auteurs ne sont pas seulement en concurrence avec les auteurs des autres maisons d'édition. Dans les grandes structures, ils sont également en concurrence avec les auteurs de leur maison d'édition. Je suivrai pour vous la maison Grasset au cours de cette rentrée. Pourquoi Grasset ? Tout simplement parce qu'en voyant la couverture du Livres Hebdo 743 avec les 14 auteurs de cette maison d'édition qui sortent un livre à l'occasion de cette rentrée, je me suis demandé combien d'entre eux tireraient leur épingle du jeu.
En sortant plusieurs cartouches, Grasset espère qu'au moins une touchera le jackpot. Voici ci-dessous les romans Grasset envoyés au front.